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Les rugbymen irlandais ne savent plus quoi faire pour être aimés

Il y a dix jours, l'Irlande a écrasé l'Italie dans un silence de cathédrale.
Il y a dix jours, l'Irlande a écrasé l'Italie dans un silence de cathédrale.Image: getty

Les rugbymen irlandais ne savent plus quoi faire pour être aimés

Le XV du Trèfle enchaîne les succès mais manque de soutien de la part de son propre public. Il espère que ce sera différent, ce samedi contre le Pays de Galles à domicile (15h15), mais ce n'est pas sûr du tout.
23.02.2024, 06:0323.02.2024, 06:38
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Les Irlandais ont de la chance: ils ont l'une des meilleures équipes de rugby au monde. Celle-ci vient d'ailleurs d'enchaîner deux victoires de suite (avec le bonus offensif en prime) dans le tournoi des VI Nations, contre la France puis l'Italie. C'est justement au terme du dernier match à domicile contre les Transalpins, le 11 février, que plusieurs critiques ont fusé. Elles concernaient l'ambiance, ou plutôt le manque d'ambiance justement, venant des tribunes.

Le 3e ligne centre Jack Conan a pesé ses mots et déclaré que les joueurs irlandais avaient remarqué une «accalmie» dans le public de l'Aviva Stadium. Les organisateurs avaient pourtant bien fait les choses, puisqu'ils avaient invité un enfant de 8 ans à chanter l'hymne afin de donner une dimension particulière à la rencontre. La prestation du garçon a d'ailleurs épaté les spectateurs présents, sans toutefois que cela ne suffise à transformer le stade de Dublin en chaudron.

L'avant-match a ainsi été festif, «mais les 80 minutes qui ont suivi ont laissé penser qu'il y avait encore beaucoup à faire», a regretté un journaliste de la chaîne de télévision RTÉ, expliquant que «le célèbre rugissement de Lansdowne Road (réd: l'ancien nom de l'enceinte)» n'était plus qu'un lointain souvenir.

«Un silence s'est installé dans le célèbre stade de Dublin. Entre les actions, on entendait le murmure distinct de milliers de personnes qui discutaient agréablement»
Michael Glennon, journaliste irlandais pour la chaîne de télévision RTÉ, après le match contre l'Italie.

Les joueurs, évidemment, y sont sensibles. «On remarque un manque d'engagement dans les moments de pause, lors des mêlées, des alignements et des choses de ce genre», a reconnu en substance Jack Conan.

Ireland's Jack Conan is tackled by Italy's Niccolo Cannone, left, and Italy's Danilo Fischetti during the Six Nations rugby union international match between Italy and Ireland, at Rome& ...
Jack Conan face à l'Italie l'an dernier.Image: AP

Cette absence de ferveur ne vient ni du manque de spectateurs (ils étaient plus de 50'000 lors du dernier match), ni du niveau de jeu proposé. D'où vient-elle alors? Certains l'attribuent aux horaires des matchs (ceux, comme l'Italie, organisés le dimanche après-midi sont moins festifs que ceux du samedi soir) ou au prestige de l'adversaire, soulignant que les duels face aux All Blacks ou aux Anglais font toujours vibrer les foules.

Mais il y a autre chose. L'architecture même de l'enceinte empêche d'en faire un chaudron. Les tribunes sont pourtant proches de la pelouse, la toiture est imposante et agit comme une caisse de résonance. Mais «c'est un stade aux trois quarts», a pointé un jour l'ex-international anglais Danny Care, en référence au fait que l'Aviva Stadium ne possède que trois grandes tribunes et une quatrième de taille réduite.

14 May 2010; An aerial view of the Aviva Stadium. Dublin. Picture credit; Brendan Moran / SPORTSFILE (Photo by Sportsfile/Corbis/Sportsfile via Getty Images)
On distingue bien la petite tribune à gauche sur l'image. Image: Sportsfile

Si le «Havelock Square end» (3000 sièges seulement) n'est pas aussi haut que les autres secteurs du stade, c'est en raison du voisinage. Il s'agit en effet de permettre à la lumière naturelle d'atteindre les habitations situées par-delà la tribune. L'équipe d'Irlande, en quelque sorte, en paie le prix.

Il est fort probable, aussi, que la rénovation du mythique Lansdowne Road en 2010 a changé la façon dont les gens se comportent au stade. Plus l'enceinte est confortable, et plus l'ambiance y est feutrée. C'est un phénomène qui peut se comprendre et que l'on observe aussi en football ou en hockey sur glace.

L'Irish Times a récemment fustigé l'attitude des supporters qui quittent leur siège bien avant la mi-temps pour se rendre aux buvettes, puis dix minutes avant la fin du match, dans le seul but d'échapper au trafic. «Que Gibson-Park marque un essai ou non en fin de match, personne dans le stade ne serait au courant car les gens ont arrêté de regarder. Ils sont tous en train de partir!», a dénoncé le journaliste Gerry Thornley la semaine dernière, dans un podcast hébergé par l'Irish Times.

Ces remarques ne datent pas de cette année. En 2023 déjà, la presse irlandaise avait empoigné très sérieusement le sujet du manque d'ambiance en recensant les remarques de plusieurs habitués du stade.

«J'ai compté 18 fois où je me suis levé pour laisser quelqu'un entrer ou sortir de ma rangée. Il est inimaginable que les gens ne puissent pas passer une mi-temps sans boire un verre ni aller aux toilettes»
Un fan déçu et agacé

Un autre supporter n'a pas reconnu ses voisins de tribune. «Lors des matchs contre l'Australie et l'Afrique du Sud, qui ont été serrés jusqu'au bout, personne dans notre secteur n'a manifesté de soutien vocal. Nous avons eu l'impression que la plupart des gens autour de nous étaient là pour une réunion sociale plutôt que pour soutenir la meilleure équipe irlandaise, et la plus excitante, que nous ayons eue depuis 30 ans.»

L'ancien capitaine gallois Sam Warburton et l'ex-international anglais Danny Care ne se sont pas gênés pour placer l'Aviva Stadium en 5e position (sur 6) des meilleurs stades du tournoi des VI Nations, juste devant le stade olympique de Rome. Pour eux, c'est clair: l'Irlande bénéficierait d'un meilleur soutien si elle évoluait encore à Croke Park, l'enceinte qui a accueilli le XV du Trèfle pendant les travaux de construction de l'Aviva Stadium. C'est aussi un stade aux trois quarts, mais il peut accueillir 82'000 personnes et a conservé une architecture et une atmosphère qui rendent aujourd'hui nostalgiques les plus fervents fans de rugby irlandais.

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