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Dario Cologna: «Mon expérience de haut niveau sera un atout»

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Cologna: «Mon expérience de haut niveau sera un atout dans ma prochaine vie»

Dario Cologna a participé ce dimanche et pour la dernière fois à une course de ski de fond en tant que professionnel. Qu'attend-il désormais de la vie? Quel métier choisir quand on est quadruple champion olympique? Entretien.
15.03.2022, 06:5615.03.2022, 10:49
rainer sommerhalder / schweiz am wochenende

Depuis qu'il a annoncé en novembre que cette saison serait sa dernière, on sait peu de choses sur l'orientation que Dario Cologna (36 ans) donnera à sa vie. Au cours des 16 dernières années, le Grison a surtout pratiqué le ski de fond. C'est terminé depuis dimanche, et sa 2e place sur le Marathon de l'Engadine. Nous avons rencontré le quadruple champion olympique quelques jours plus tôt à Davos, afin de savoir s'il était prêt à éplucher les offres d'emploi.

Lors d'un entretien d'embauche, quelles compétences spécifiques mettriez-vous en avant?
Dario Cologna: (rires) Cela dépend de l'activité à laquelle je postulerai. Si c'est pour devenir professeur de ski de fond, j'écrirais que j'ai de très bonnes prédispositions!

Vous avez tout de même des qualités humaines qui peuvent être précieuses dans d'autres secteurs.
Dans ce cas, je mentionnerais les réussites et le vécu des 16 dernières années en tant que sportif de haut niveau. Et vous avez raison, je suis convaincu que je peux apporter ces expériences comme des atouts dans ma future vie professionnelle. En tant qu'athlète individuel, j'étais mon propre patron. Je devais coordonner moi-même tous les aspects liés à ma carrière, que ce soit avec l'entraîneur, le service de ski, les médias, les sponsors ou le management.

Le fondeur a signé plusieurs partenariats au cours de sa carrière, dont un avec une célèbre marque de montres.
Le fondeur a signé plusieurs partenariats au cours de sa carrière, dont un avec une célèbre marque de montres.Image: Instagram

Et que gagnerait un nouvel employeur avec un homme comme Dario Cologna?
Un homme de qualité (rires)! Comme je suis tout d'abord un quadruple champion olympique, l'employeur gagne déjà beaucoup. Pour réussir dans un sport comme le ski de fond, qui n'est pas l'une des disciplines les plus populaires en Suisse, il faut une grande détermination, une grande capacité à se motiver et à s'enthousiasmer. Et aussi le don de la persévérance pour s'améliorer chaque jour.

Dans quel domaine allez-vous postuler?
Je n'ai pas encore l'intention de postuler. Je vais d'abord faire avancer mes propres projets avec mes partenaires et mes sponsors actuels. Il y a déjà beaucoup d'idées, mais peu d'entre elles sont vraiment prêtes à être lancées.

Mais vous ne pourrez pas continuer à travailler en tant que «marque propre» jusqu'à l'âge de la retraite?
J'ai le privilège de pouvoir chercher ma voie avec une certaine sérénité dans les années à venir. Je sentirai peut-être bientôt ce qui me plaît le plus sur le plan professionnel. Peut-être dans le ski de fond, dans l'économie privée ou le marketing. Tel que je me connais, je serai rapidement à nouveau plein d'énergie.

Est-ce que l'on continuera à vous croiser sur les courses de ski de fond?
J'ai été fondeur pendant 16 ans et on me connaît comme tel. Ce serait dommage de mettre tout cela de côté. J'ai d'ailleurs des projets afin de transmettre un peu de mon savoir à la prochaine génération. Mais je ne me verrais pas non plus tous les jours sur les pistes, en tant qu'entraîneur ou professeur.

Qu'est-ce qui vous réjouit particulièrement dans la retraite, et dont vous n'avez pas pu profiter en tant que sportif d'élite?
Les petites choses. Pendant longtemps, je devais toujours rester proactif, même pendant les vacances. L'été dernier, nous sommes allés en Crète avec la famille. Pendant que les autres se retrouvaient pour le petit-déjeuner, je faisais trois heures de vélo. Je me réjouis de pouvoir profiter d'un long brunch sans mauvaise conscience! Ou de ne pas quitter une soirée pour aller dormir, ou dire «non» à un verre de vin ou à une bière. Je vais gagner en qualité de vie, sans pour autant renoncer au sport. J'aime m'entraîner. Mais le moment et la durée ne seront désormais plus une obligation.

Cologna pendant un congé

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Image: Instagram

Parlez-nous un peu de vos sentiments ces dernières semaines: les adieux font-ils mal ou soulagent-ils?
La nostalgie l'emporte. Je suis sûr que certaines choses de ma vie d'avant vont me manquer: les camps d'entraînement avec mes coéquipiers, les voyages à travers le monde. J'ai aimé cette vie jusqu'au bout. La décision de me retirer n'a donc pas été facile à prendre, même si je suis convaincu que c'est le bon moment. Le week-end dernier à Oslo, j'ai encore une fois pu constater que beaucoup de choses étaient encore possibles pour moi sur le plan sportif. Je l'ai toujours su au fond de moi, mais je n'ai que rarement pu l'exprimer cette saison. C'était décevant. Mais au final, il est plus agréable d'arrêter tout en sachant que beaucoup de choses vont nous manquer que d'arriver à la fin d'une carrière en étant simplement content de l'avoir terminée.

Votre esprit s'est-il plus égaré que d'habitude lors des dernières courses?
Je ne pense pas qu'il y ait eu une différence avec les années précédentes.

Mais il y a eu des moments «d'égarement», si l'on peut dire?
Oui, avant les courses. Par exemple avant celle de Davos, à domicile. Je ne dormais pas bien. Ou encore à Oslo. C'était très spécial. Il y a eu des moments où je me suis rendu compte que c'était fini. J'étais en bas du fjord le matin, il faisait un temps de rêve et j'ai pensé que c'était la dernière fois que je vivais ces impressions et ces sentiments.

Mais pour vous, il était important de ne pas vivre vos dernières courses en faisant de la figuration?
Il aurait été dommage en effet que je parte sans un résultat honorable. Je n'ai jamais eu l'intention de courir une année de plus. Malgré tout, j'ai connu quelques déceptions cet hiver. Par le passé, j'ai toujours réussi à m'améliorer de manière décisive, même à l'approche des JO. Ce n'était pas le cas cette année, je dois être assez honnête dans mon analyse.

Regardons un peu en arrière: quel a été votre adversaire préféré?
C'est le nom de Petter Northug qui me vient en premier à l'esprit. Il a été mon adversaire préféré, mais probablement le plus difficile. Nos duels au début de nos carrières étaient aussi une bonne chose pour attirer l'attention sur le ski de fond.

Le duel entre deux profils assez différents.
Les différences ont été quelque peu exagérées par le public. Northug était certes plus extraverti et plus showman, mais je doute que nous soyons vraiment si différents. Je ne suis sans doute pas aussi calme que beaucoup le pensent, et inversement, je trouve que Petter est une personne tout à fait calme en privé.

Switzerland's Dario Cologna in action behind Norway's Petter Northug during the men's 50 km classic mass start competition at the 2015 Nordic World Skiing Championships in Falun, Sweden ...
Northug et Cologna aux Mondiaux de Falun en 2015. Image: KEYSTONE

Avec ses condamnations pour diverses infractions au code de la route, Petter Northug a visiblement eu quelques difficultés à changer de vie après sa carrière. Cela vous fait-il réfléchir?
On sait que de nombreux sportifs ont des difficultés après leur retraite. Il faut être conscient de ce défi. Quand on est sous les feux de la rampe pendant des années, il n'est pas facile de reprendre pied.

Le succès crée-t-il une sorte d'addiction?
Je ne sais pas si le mot «addiction» est approprié. Mais le succès te donne en tout cas une sorte de coup de fouet. Je ne peux pas juger de ce qui se passe dans le monde professionnel «normal». Mais en tant que sportif, gagner une course est un moment de bonheur extraordinairement intense. Lorsque ces émotions disparaissent, il faut sans doute un peu de temps pour vivre d'autres succès au travail.

Quelle a été la course la plus folle de votre carrière?
Je pense tout de suite au skiathlon des Jeux de Sotchi en 2014. Après ma blessure au pied, je ne savais vraiment pas à l'avance si cela allait fonctionner. Et encore moins où j'en étais exactement. Et puis, le fait de gagner la première course aux JO a déclenché des émotions très particulières.

Ce genre d'émotions

Switzerland's Dario Cologna reacts on the podium of the flower ceremony after winning the men's cross country skiing skiathlon at the XXII Winter Olympics 2014 Sochi at the Laura cross count ...
Image: KEYSTONE

En privé, vous êtes un très bon conteur d'histoires: trois petits épisodes de votre carrière qui vous font sourire?
Vous voulez que je les raconte?

Oui!
Je suis nul pour raconter des histoires à la demande.

Il y en a certainement des dizaines!
Une histoire est très drôle, mais je ne peux pas la raconter en public (rires). Continuons et je réfléchis.

Ça ne sera pas plus facile après! Dites-nous alors un moment où vous avez été vraiment en colère.
Heureusement, ce n'est pas arrivé souvent. Mais à Falun, il y a eu un épisode particulier autour des Mondiaux de 2015 qui m'a énervé. Le Suédois Johan Olsson a remporté la course sur 15 km. De tous les favoris, il était le seul à avoir un dossard précoce et les conditions de neige avaient alors changé. Lors d'une interview avec une journaliste suédoise, j'ai fait remarquer qu'il était de la responsabilité de la FIS d'envoyer les meilleurs coureurs en un seul bloc. Elle en a fait un gros titre: «Dario Cologna dit qu'Olsson n'est champion du monde que grâce à son numéro de dossard». Cette manchette m'a beaucoup énervé.

Johan Olsson était aussi fâché contre vous.
Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas comme ça. Je ne voulais en aucun cas dénigrer la valeur de sa victoire. C'est pourtant l'impression que donnait l'article. J'étais assez énervé et je n'ai plus parlé à cette journaliste pendant un certain temps.

Qu'allez-vous encore raconter à vos petits-enfants?
Dans ce cas, je n'aurai aucun mal à trouver suffisamment d'histoires (rires). Il y a quand même quelques succès que je peux raconter et pour lesquels je peux aussi montrer des vidéos. Peut-être déjà à mon fils, quand il sera un peu plus grand. Et si cela l'intéresse.

Marié à Laura Bucher depuis juillet 2020, Cologna est père d'un petit garçon de six mois.
Marié à Laura Bucher depuis juillet 2020, Cologna est père d'un petit garçon de six mois.

Un départ professionnel s'accompagne toujours d'un certificat de travail: que devrait contenir le vôtre?
S'il correspond à la réalité, il ne devrait pas être trop mauvais. Le succès est en partie dû à mon mérite. J'ai aussi le sentiment d'avoir toujours été un bon sportif d'équipe. Je me suis toujours considéré comme faisant partie de Swiss Ski et du groupe. J'ai essayé de faire en sorte que les autres puissent aussi profiter de mes succès. J'ai toujours été ouvert, mais aussi exigeant. Je voulais être le meilleur et j'exigeais la même chose de mon employeur.

(Adaptation en français: Julien Caloz)

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