La poisse s’acharne sur Wout van Aert
Wout van Aert est peut-être le coureur le plus complet du peloton. «Le coureur ultime», pour reprendre les propos de Marc Madiot.
Sur le Tour de France, le Belge s'est déjà distingué en montagne, remportant l'étape du Ventoux et imposant un rythme d'enfer pour son leader Jonas Vingegaard. Il a aussi réglé le sprint massif des Champs-Elysées devant Marc Cavendish, remporté des chronos et brillé sur des arrivées de puncheur, comme à Lausanne en 2022.
Wout van Aert s'exprime également sur les courses d'un jour, notamment les classiques printanières, tout en levant les bras l'hiver dans les labourés.
Mais malgré sa polyvalence et l’étendue de son palmarès, il manque à ce champion l’essentiel: des victoires sur les monuments flandriens que sont le Tour des Flandres et Paris-Roubaix. Pour un Flahute, c’est l’objectif d’une vie.
Sur les classiques, le coureur de la formation Visma-Lease a Bike a souvent bien fait les choses, mais s’est régulièrement heurté à un os en la personne de Mathieu van der Poel, son rival de toujours. A tel point qu’il est devenu, dans l’imaginaire collectif, un perdant magnifique, un éternel deuxième, le Poulidor des temps modernes.
Ces déceptions contre MVDP, et ses autres deuxièmes places face à d'autres rivaux, ont aussi alimenté l’idée que Wout van Aert était quelque peu maudit. De violentes chutes survenues ici et là n’ont fait que renforcer ce sentiment.
A la poisse s’est ajoutée ces dernières saisons une certaine baisse de régime. Le natif d'Herentals n’a plus autant impressionné sur le Tour de France et s’est fait plus discret sur les classiques. Imaginez: son dernier podium sur un monument flandrien remonte à 2023.
Sa victoire l’an passé sur l’étape des chemins blancs du Giro, puis son numéro dans Montmartre lors de la 21e et dernière étape du Tour de France 2025, l’ont toutefois replacé parmi les très grands du peloton et lui ont redonné la confiance utile au moment de conclure.
Cette confiance, van Aert aurait pu la perdre cet hiver, lorsqu’il s’est fracturé la cheville dans les labourés, à quelques semaines seulement de l’ouverture de la saison des classiques. Mais il n’en a rien été, sa préparation n’ayant finalement pas été si tronquée.
En cet exercice 2026, «WVA», bientôt 32 ans, semble enfin avoir retrouvé les jambes de ses meilleures années. Il s’est ainsi classé 3e de Milan-San Remo, après avoir pourtant été pris dans la chute collective survenue à l’approche des derniers capi. Davantage retardé que Pogacar, il a couru à contre-temps avant de revenir de nulle part et de se montrer dans le final.
Encore à l'offensive dimanche sur Gand-Wevelgem, il est parvenu à tenir la roue de Mathieu van der Poel dans le dernier mont de la journée, puis a semblé être plus fort que son compagnon de fugue sur le long plat menant à l’arrivée.
La bonne forme du coureur de Visma-Lease a Bike s’est confirmée mercredi lors d’A travers la Flandre. Si le plateau était certes beaucoup moins relevé, van Aert, déchaîné, a multiplié les attaques, avant de revenir seul sur les fuyards, dont un leader, à 40 kilomètres de l'arrivée. Il les a ensuite distancés les uns après les autres et s’est lancé dans un mano a mano avec des poursuivants et un peloton compact à ses trousses.
La passe d’armes a été époustouflante. Et, en bon poissard, Wout van Aert a été repris à 100 mètres de l’arrivée par l’étonnant Filippo Ganna. Une nouvelle désillusion sur une course qui, ces dernières années, ne lui réussit décidément pas.
En 2025, «WVA» n’était pas parvenu à battre Neilson Powless au sprint. Il n’avait pas concrétisé, malgré l’énorme confiance placée en lui. Le final s’était disputé à quatre, dont trois Visma-Lease a Bike, tous battus par le coureur de la formation EF Education First. Une tactique qui restera longtemps dans les annales.
Un an plus tôt, Wout van Aert avait été victime d’une terrible chute en descente, toujours sur A travers la Flandre. Bilan: une clavicule fracturée, et des rêves brisés sur les monuments flandriens.
Il ne fait aucun doute que le coureur saura se relever dimanche sur le Tour des Flandres, malgré cette désillusion en semaine à quelques mètres de l’arrivée. Après tout, il est habitué aux coups durs. Et cet échec ne remet pas en cause sa forme actuelle.
Bien sûr, une victoire sur le Ronde paraît impensable en la présence de l'ogre Pogacar, épaulé par un excellent Florian Vermeersch. La première apparition de Remco Evenepoel sur la plus grande course cycliste de Belgique pourrait également compliquer la tâche de van Aert. Mais un podium est tout à fait envisageable. Etonnement, ce ne serait que son deuxième à Oudenaarde. Et peu importe sa place sur la boîte, cela enthousiasmerait au plus haut point.
Ses deuxièmes places, ses hauts, mais surtout ses bas, laissant transparaître son côté humain, ainsi que son altruisme, lorsqu’il s’est dévoué corps et âme pour Jonas Vingegaard ou a cédé un succès de prestige à un grégario, ont fait de lui le chouchou du public, bien au-delà des frontières belges. Beaucoup aimeraient le voir en claquer une avant que l’âge ne se fasse définitivement sentir, à l’image des déclins connus par Tom Boonen, Greg Van Avermaet ou Peter Sagan.
