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Ancien homme fort de Genève-Servette, le coach ontarien dirige désormais Lugano.
Ancien homme fort de Genève-Servette, le coach ontarien dirige désormais Lugano.Image: Keystone

Chris McSorley: «La Suisse est devenue ma maison»

Après deux décennies passées à Genève-Servette, Chris McSorley a signé un contrat de 3 ans comme entraîneur à Lugano. Le Canadien de 60 ans se plaît en Suisse. Il s'apprête à demander la nationalité helvétique et n'envisage pas de quitter notre pays à la retraite. «La qualité de vie est si bonne ici qu'il faudrait être fou pour partir!»
29.10.2021, 18:5731.10.2021, 16:44
Klaus Zaugg
Klaus Zaugg
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Pour commencer, nous devons clarifier une chose. À Genève, vous avez été démis de vos fonctions d'entraîneur et promu au poste de directeur sportif. À ce moment-là, vous avez déclaré que votre rêve avait toujours été d'être directeur sportif uniquement. Mais maintenant, vous êtes à nouveau entraîneur à Lugano. Directeur sportif n'est donc pas le job de vos rêves?
J’ai dit cela à Genève?!

Oui, vous l’avez dit.
Je n’avais pas d’autre choix. Le conseil d'administration en avait décidé ainsi et je devais m'y conformer.

Alors, quel est votre job de rêve maintenant: directeur sportif ou entraîneur?
Sans aucun doute entraîneur.

Quand était-ce la dernière fois que vous étiez juste entraîneur?
En 1998, à Las Vegas (réd: dans la IHL, une ligue qui n’existe plus). Bob Strumm était mon directeur général et j'ai beaucoup appris à ses côtés.

Serait-il possible que le directeur général de Lugano, Hnat Domenichelli, apprenne maintenant beaucoup de vous?
Il y a beaucoup de gens à Lugano qui s'y connaissent en hockey. J'apporte mon expérience. Ici, le travail, c’est le paradis.

Image: KEYSTONE/TI-PRESS

Pouvez-vous l’expliquer plus en détail?
Je suis très ambitieux et je me fixe des objectifs élevés. Ici, j'ai la chance de travailler pour une organisation qui a des objectifs tout aussi élevés. C'est un privilège de travailler pour Lugano.

Combien de joueurs doivent être remplacés avant que l’équipe ne joue le «style de hockey McSorley»?
Pas beaucoup.

Combien exactement?
Pas beaucoup. Quand on veut construire une maison, on a besoin de différents spécialistes: maçons, électriciens, ferblantiers. C’est pareil pour une équipe. Elle a besoin de spécialistes pour chaque tâche. On ne peut pas construire une maison avec que des maçons ou que des architectes. L’équipe ne peut pas être constituée uniquement avec des défenseurs ou des attaquants.

Oui, bien sûr. Mais la question se pose: combien de joueurs doivent être remplacés?
Disons que 90% de la base est là. Ce sont les 10 derniers pour cent qui font la différence.

Vous êtes «seulement» entraîneur principal et non plus directeur sportif. Mais vous savez quand même ce que chaque joueur gagne, n'est-ce pas?
Non, je n’en sais rien.

Oh allez, vous me charriez! Bien sûr que vous le savez, non?!
Non, je ne m’occupe plus de ça.

Vous avez également été recruté à Lugano pour renouveler le système de performance. Êtes-vous un dur à cuire ou plutôt un diplomate?
Je suis toujours le même: exigeant, mais jamais injuste.

N'y a-t-il pas eu des joueurs à Genève qui sont partis parce qu'ils ne supportaient pas Chris McSorley?
Non, il n'y en a pas eu.

Vous êtes sûr?
Au cours des 20 années passées à Genève, une centaine de joueurs s’en sont allés et venus. Je ne me souviens pas des circonstances en détail. En fait, les joueurs ont quitté Genève pour deux raisons: soit ils ont reçu une offre lucrative d’un autre club, soit nous n'avons pas renouvelé leur contrat. Nous avons mis en place les meilleures conditions possibles pour le club et beaucoup ont été très heureux de venir chez nous.

En 2014 sur le banc grenat.
En 2014 sur le banc grenat.Image: KEYSTONE

À 60 ans, êtes-vous encore assez jeune pour relever ce grand défi à Lugano?
J’ai envie de rire à chaque fois qu’on me pose cette question. Avez-vous déjà entendu parler d'une personne qui change d'avocat ou de conseiller financier parce qu’il a eu 60 ans? Je me sens aussi bien que par le passé. Je ne suis jamais tombé malade au cours des 32 dernières années et je n'ai pas manqué un seul jour de travail. Je suis prêt à tirer le meilleur de l'opportunité que Lugano me donne. Je n'ai pas de plan B. Je suis ici pour gagner.

Êtes-vous devenu un peu plus diplomate maintenant que vous avez 60 ans, ou êtes-vous encore plus dur qu’avant?
J'ai mes principes et ils ne changent pas.

On aimerait bien savoir comment vous appliquez ces principes.
La société change, et si vous ne suivez pas ces changements, vous ne pourrez pas survivre.

Et donc puisque vous vous adaptez à ces changements, cela veut dire que votre style de leadership est contemporain?
Aujourd’hui, il n'est plus possible d'imposer quelque chose par le commandement.

«La volonté de performance est restée la même, mais les joueurs veulent savoir pourquoi ils doivent faire telle ou telle chose»

Accordez-vous de l’importance à la tactique ou laissez-vous beaucoup de liberté aux joueurs?
Tout l'art consiste à trouver le bon équilibre. Il existe un danger de «surentraînement». Quand dois-je prendre du recul et laisser les joueurs respirer, quand est-il nécessaire que j'intervienne davantage. Moins il y a de talent dans une équipe, plus elle a besoin de structure. En fin de compte, ce sont les joueurs qui décident du degré de structuration de l'entraîneur.

Qu'en est-il de la relation entre la structure et le talent à Lugano?
Après seulement 20 minutes de match à la télévision, on peut déjà constater que Lugano possède les deux.

Mais manifestement trop peu de structure, sinon Lugano n'attendrait pas le prochain titre depuis 2006. Ils vous ont fait venir parce que vous êtes un dur à cuire.
En effet, je demande beaucoup. Je suis exigeant, mais pas dur dans le sens où vous l'entendez. Je m’oriente vers les solutions et non pas vers les problèmes. Je prends mon temps pour trouver des solutions, ensuite je décide rapidement. L'une des plus grandes faiblesses en tant qu’entraîneur est d'attendre trop longtemps, car un petit problème peut devenir un gros gros problème. Il est facile de signer un contrat avec un joueur, mais il faut du courage pour trouver une solution s’il ne performe pas.

Alors, dans l'ensemble, vous êtes devenu plus «doux»?
Non. Mais j'espère que je suis devenu plus intelligent. En tant que coach, je suis dans un processus d'apprentissage constant et j’ouvre toujours grand mes oreilles. J'essaie d'apprendre le plus possible des autres.

Au cours de 20 dernières années, vous n’avez pas eu de chef à Genève. Vous avez été directeur sportif, entraîneur principal, responsable de communication et, même, propriétaire de l'équipe. Maintenant, vous êtes employé à Lugano. C’est difficile de l’imaginer.
Mais c'est exactement ce que je voulais. Je ne cherchais pas un nouveau travail. Je cherchais un nouveau défi et je l'ai trouvé ici, à Lugano. Je n'ai aucun problème avec le fait que je ne suis «que» l'entraîneur principal.

Avec la présidente luganaise Vicky Mantegazza.
Avec la présidente luganaise Vicky Mantegazza. Image: Keystone

Justement. Avant, vous étiez à peu près tout.
Cela vient de l'époque où j'entraînais à Toledo, dans la East Coast League, au début des années 1990. Je devais m'occuper de tout à l'époque. J'ai convaincu des joueurs de venir à Toledo. Même ça, ce n'était pas facile. Qui viendrait volontairement à Toledo? Parfois, j'ai même aiguisé les patins et conduit le bus.

Et maintenant vous êtes employé à Lugano. Est-ce que vous avez contacté Lugano ou quelqu'un vous a-t-il appelé?
C'est une bonne question.

Alors vous pouvez nous donner une bonne réponse.
C'est moi qui ai initié la chose.

C’est-à-dire?
Je connais Hnat Domenichelli (réd: le manager général du club) depuis des années. Il a d'abord été un joueur, puis l'agent d'un joueur. Je connais aussi Vicky Mantegazza depuis longtemps. Quand Genève a émis le souhait de changer de directeur sportif la saison dernière, j'ai eu beaucoup de temps pour parler au téléphone. Je suis très reconnaissant d'avoir trouvé ce défi à Lugano.

N'avez-vous jamais pensé à retourner en Amérique du Nord et à y acheter une équipe junior, par exemple?
J'ai envisagé cette option. Mais ma passion c’est d’entraîner.

Vous auriez pu également entraîner une équipe là-bas.
La Suisse est maintenant ma maison et entraîner c’est ma vie. Je ne me sens vraiment vivant que lorsque je suis dans l’instinct de jeu d’une équipe de hockey.

Qu'est-ce que vous aimez en Suisse?
Les gens, leur mentalité, leur ouverture à mon égard depuis le premier jour. La Suisse est le plus grand petit pays du monde. Je traverse un tunnel et je suis déjà dans un autre monde, tout en restant dans le même pays.

Mais vous ne parlez même pas le français, pas même une de nos langues nationales. Après 20 ans.
Mon fils et ma fille parlent français.

Et vous?
Le problème est le suivant: l'anglais est la langue du hockey. Donc je parle anglais au travail. Je ne peux parler français que pendant mon temps libre. Comme je n’ai jamais de congé, je n’ai jamais eu le temps d’apprendre le français. Mais je connais suffisamment de mots français ou italiens pour comprendre qu'un joueur n'est pas heureux. Je sais aussi déjà lire un menu en italien.

Vous avez donc la chance de ne pas pouvoir lire ce qui est écrit sur vous ou votre équipe dans les médias.
Ne pas le savoir est généralement préférable pour faire correctement son travail.

Est-ce que vous retournerez en Amérique du Nord pour votre retraite?
Non, nous voulons rester en Suisse. La qualité de vie est si bonne ici qu'il faudrait être fou pour quitter ce pays.

Avez-vous déjà demandé un passeport suisse?
Mes enfants et ma femme en ont déjà fait la demande. Je vais également le faire.

Avec son fils Aidan en 2008.
Avec son fils Aidan en 2008.Image: PHOTOPRESS

En vous écoutant, on a l'impression que vous vivez dans une bulle en tant qu'entraîneur de hockey.
Cette impression est juste et, jusqu'à aujourd'hui, j'ai eu la chance d'avoir de très bonnes personnes autour de moi. Anciennement à Genève, maintenant à Lugano. Si vous voulez, je suis passé d'une bulle à l'autre, de Genève à Lugano.

Mais à Genève, vous avez été chassé de la bulle.
Ce qui s'est passé à Genève me rend très triste. Ils ne voulaient plus de moi, c’est un fait. J'étais prêt à trouver une solution à l'amiable, mais cela ne semblait pas possible.

Y a-t-il une affaire judiciaire concernant votre indemnité de départ?
On dirait bien.

On parle de plus de 7 millions de francs.
L'argent n'est pas ce qui me fait mal. C'est la façon dont la séparation s'est faite. Il s'agit d'un manque de respect. Je continue toutefois à souhaiter le meilleur à Genève.

Le siège de Genève Servette est-il devenu un «nid de vipères»?
C’est vous qui le dites. Mais oui, c'est ce que je ressens parfois.

Qu’est-ce qui vous a fait tant de mal?
J'ai repris l'équipe en deuxième division et l'ai établie au plus haut niveau du pays. Lorsque j'ai été licencié en tant qu'entraîneur, j'ai mis sur pied une équipe en tant que directeur sportif qui a atteint la finale au printemps dernier et qui est restée compétitive pendant plusieurs années. Un jour, je suis revenu de vacances et le restaurant du stade qui portait mon nom s'appelait soudain autrement. Mon bureau avait été vidé, transformé et mes affaires mises dans des cartons. On m'a également dit que j'avais pris trop de jours de congé. De tels comportements font mal. Je me suis demandé: qui pourrait faire une chose pareille? Je n'ai jamais renvoyé un employé pendant tout le temps que j'ai passé à Genève.

Vous aviez construit une maison et vous vous en êtes fait expulser?
C'est comme ça.

Maintenant, vous avez besoin de vous focaliser sur Lugano pour devenir champion. Accepter le passé, y compris l'affaire judiciaire, ne vous coûte-t-il pas trop d'énergie?
Non, cette dispute ne me coûte pas d'énergie. Se disputer n'est pas ma décision, c'est la leur. Tout ça, c'est du passé.

Mais soyons honnêtes: n'êtes-vous pas naïf? En tant qu'entraîneur de hockey depuis de nombreuses années, vous avez une certaine connaissance de la nature humaine, n'est-ce pas? Vous avez dû voir venir la fin de votre séjour à Genève, non?
Oui, je l'ai vu venir, mais j'ai été surpris de la façon dont ça s'est passé.

C’est devenu un feuilleton.
Un triste feuilleton.

Extrait du magazine de hockey sur glace «Slapshot»
Traduction: Charlotte Donzallaz

La WTA continue de s'inquiéter du sort de Peng Shuai
Malgré les démentis et les garanties des autorités chinoises, le président de la Women's Tennis Association «demeure profondément inquiet» quant à la liberté de parole de la joueuse chinoise.

Steve Simon, président de la WTA, «demeure profondément inquiet concernant la liberté de Peng vis-à-vis de toute censure ou coercition et a décidé de ne pas reprendre contact avec elle via email tant qu'il ne serait pas certain que ses réponses seraient personnelles et non celles de ses censeurs», a déclaré samedi une porte-parole de la WTA.

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