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Interview

«Même les chiens du président participent aux entraînements du FCZ»

Depuis qu'il est arrivé au FC Zurich cet été, André Breitenreiter fait des miracles. En quelques mois, il a fait d'une équipe fébrile un candidat au titre. Sa gestion du groupe et sa vision collective y sont pour beaucoup. Interview.
21.12.2021, 19:1912.01.2022, 17:32
etienne wuillemin et françois schmid-bechtel / ch media

Tout réussi actuellement au FC Zurich! A la surprise générale, les pensionnaires du Letzigrund sont devenus champions d'automne en Super League ce dimanche. Ils devancent de 7 points le FC Bâle (deuxième) et de 8 le champion national en titre, Young Boys (troisième).

A la baguette, André Breitenreiter (48 ans). Le coach allemand, arrivé cet été, vit sa première expérience sur un banc de Suisse. Mais comment a-t-il réussi à métamorphoser en seulement quelques mois une équipe qui ne jouait que contre la relégation ces dernières années? En toute humilité, le technicien nous apporte des explications.

Le FC Zurich peut-il devenir champion?
ANDRE BREITENREITER:
Je peux vous l'assurer, cette question ne joue absolument aucun rôle dans notre esprit. Bien sûr, on regarde le classement et on se réjouit de cette première place et du football qu'on présente; attractif et offensif. Beaucoup promettent ce genre de jeu, nous on le met en pratique. Mais il ne s'agit pas non plus de freiner l'euphorie. Je la laisse volontiers s'exprimer.

Et par rapport au titre?
On a joué que la moitié de la saison. Alors on se concentre sur le travail, avec l'objectif de continuer à progresser. La question intéressante, c'est par exemple: va-t-on enchaîner les victoires naturellement? Ou encore: est-ce qu'on arrivera à gérer les fluctuations de nos résultats?

A la surprise générale, le FC Zurich est champion d'automne 2021.
A la surprise générale, le FC Zurich est champion d'automne 2021. image: keystone

Vous insistez toujours sur votre plaisir de travailler avec le FCZ. Y a-t-il quelque chose en particulier qui vous procure ce sentiment?
Oui, absolument: l'esprit d'équipe. Je peux comparer ça avec mon passé. J'ai fêté la promotion en Bundesliga deux fois, avec Paderborn et Hanovre, et j'ai participé une fois à l'Europa League avec Schalke.

«Je sais donc ce qui est à la base du succès: ces trois équipes avaient toutes un vestiaire qui fonctionnait exceptionnellement bien. C'est exactement ce que je vis aussi maintenant à Zurich»

Quels sont vos indicateurs pour sentir cet excellent état d'esprit?
Il faut des leaders. Et nous les avons avec nos trois capitaines (ndlr: Brecher, Dzemaili et Marchesano). Ils tiennent le vestiaire si, tout à coup, il y a un problème. Et ils donnent l'exemple par rapport à cet esprit collectif. En tant qu'entraîneur, je vois si chaque joueur se donne toujours à 100 % à chaque entraînement. Et s'il est toujours prêt à aller sur le terrain. Il y a toujours eu et il y a toujours des joueurs qui ne veulent pas forcément entrer, qui ressentent peut-être de la pression. Chez nous, si je posais une question comme un professeur à l'école, toutes les mains se lèveraient pour y répondre. Parce que chacun sait ce qu'il a à faire, se sent en sécurité et a du plaisir.

André Breitenreiter (à droite) vit sa première expérience sur un banc de Super League.
André Breitenreiter (à droite) vit sa première expérience sur un banc de Super League. Image: KEYSTONE

Quelle est votre part dans cette réussite?
C'est aux joueurs qu'il faut demander ça. Dès le début, j'ai transmis mon idée du football. Je ne joue jamais un rôle. Et je suis authentique. Mais ce sont les joueurs qui doivent mettre tout ça en pratique, qui ont une curiosité et une soif d'apprendre.

Mais comment faites-vous pour que le vestiaire cohabite si bien? Ce n'était souvent pas le cas dans le passé au FC Zurich.
En fait, je ne veux pas trop parler de moi, parce que je pense que c'est complètement déplacé. C'est clair que nous, le staff d'entraîneurs, le directeur sportif ou même le président, imposons certaines choses, transmettons aussi l'enthousiasme... (il réfléchit). La communication est un point important. J'essaie de donner à chaque joueur l'importance qu'il mérite, pour qu'il puisse apporter sa contribution au succès collectif et qu'il se donne toujours à fond. Je ne peux aligner que onze joueurs. Mais tout le monde doit être prêt à intervenir quand on a besoin de lui. Et chez nous, quand on remplace des joueurs pendant le match ou avant, ça fonctionne en général immédiatement.

C'est quand même plus facile de mettre en valeur Yanick Brecher, par exemple, qui est gardien titulaire et capitaine, qu'un remplaçant qui joue très peu. Comment faites-vous pour faire sentir à ce dernier son importance?
Je parle plutôt avec les joueurs qui ne sont pas actuellement parmi les onze titulaires. Pour leur montrer des solutions, ce qu'ils peuvent améliorer pour progresser dans la hiérarchie. Mais je n'ai pas la prétention de pouvoir toujours satisfaire tout le monde. Chacun gère les déceptions différemment. Et ces déceptions existent aussi chez nous. Il ne faut pas se leurrer. Parce que les joueurs sont tous des individualités. Mais ici, c'est un peu différent. Peut-être parce que tout le monde sait qu'on ne laissera pas tomber quelqu'un. On traite le réserviste de la même manière que le titulaire indiscutable. Tout autre traitement serait pour moi humainement incompréhensible. Et puis, si l'équipe a du succès, tout le monde en profite à long terme. Peu importe la fréquence à laquelle les gens jouent.

Yanick Brecher (28 ans) a disputé les 18 matchs du premier tour, en réalisant 5 blanchissages.
Yanick Brecher (28 ans) a disputé les 18 matchs du premier tour, en réalisant 5 blanchissages. Image: KEYSTONE

Est-ce que c'est plus facile pour un joueur qui ne joue pas d'accepter son rôle de remplaçant si l'équipe gagne toujours?
Je pense que c'est plutôt le contraire: c'est plus difficile à gérer, parce que tout le monde veut jouer quand l'équipe gagne. Là, on risque d'avoir un problème dans la manière de penser. Si des joueurs réfléchissent comme ça, ils n'ont pas leur place dans l'équipe, parce que ça voudrait dire qu'ils espèrent qu'on perde pour pouvoir ensuite jouer eux-mêmes. Mais là, vous pouvez être sûr: je m'en apercevrais et le joueur en question ne jouerait même pas. Un exemple...

Volontiers!
Récemment, lors du match contre Lucerne, j'ai eu l'occasion, en raison de la tournure du match très favorable (ndlr: victoire 4-0), d'accorder du temps de jeu à certains joueurs qui n'avaient pas encore eu l'occasion de jouer. J'en ai discuté avec d'autres remplaçants et leur ai expliqué mon raisonnement. Eux aussi auraient certainement aimé jouer. Mais savez-vous ce qui s'est passé? Ils m'ont dit: «Oui, bien sûr coach, absolument, fais comme ça!»

«De même, quand je vois un Assan Ceesay qui n'a plus marqué depuis cinq matchs, mais qui fête chaque but comme s'il l'avait marqué lui-même, c'est merveilleux! C'est pareil quand je vois comment nos physiothérapeutes font des heures supplémentaires de manière spontanée, avec le plus grand naturel, quand il y a beaucoup de travail»

Tout ça dépend aussi beaucoup de la personnalité de l'entraîneur, qui se trouve en haut de la pyramide et qui transmet ou non ce plaisir.
On peut voir les choses ainsi. Mais alors, on peut aussi ajouter Heliane et Ancillo Canepa. Tous deux ont été très proches de nous dès le premier jour. Ils n'ont peut-être pas connu ça dans le passé. On les a fait venir même pendant le camp d'entraînement. C'était important pour moi.

Pourquoi?
Je voulais qu'ils s'assoient à table avec nous. Et leurs chiens peuvent aussi se promener sur le terrain pendant l'entraînement. Ça n'influence pas si on gagne ou on perd. Mais c'est crucial que chacun puisse voir et se dire: «Hé! Ils sont aussi là, viennent à l'entraînement et ils sont contents». Et je trouve ça bien, parce que c'est la seule façon de construire une équipe qui fonctionne, qui est soudée et qui, espérons-le, le restera dans les phases difficiles qui ne manqueront pas d'arriver. Parce qu'en vérité, c'est quand on perd quelques matchs qu'on voit vraiment comment on fonctionne.

Le président, Ancillo Canepa (tout à gauche), sa femme Heliane et leur chien ne sont jamais loin de l'équipe.
Le président, Ancillo Canepa (tout à gauche), sa femme Heliane et leur chien ne sont jamais loin de l'équipe. image: keystone

Vous avez dit une fois: «On ne fait rien de différent des autres, on a simplement des joueurs qui écoutent bien et qui croient en ce qu'on fait». Alors l'oreille est-elle la partie du corps la plus importante pour un footballeur?
Au final, l'écoute ne suffit pas. C'est un puzzle composé de nombreuses pièces. Ce qui est important, c'est la question suivante: «Comment est-ce que je peux transmettre le message pour que les joueurs soient prêts à l'accepter?» J'ai été professionnel assez longtemps. Je sais comment fonctionne un joueur. Souvent, je regarde un visage et je peux comprendre ce que le joueur est en train de penser ou ce qu'il ressent.

Y a-t-il eu un moment clé cette saison?
On en a eu deux. Le premier, c'était le dernier match de préparation avant le début de la saison, contre Kriens (LU). On a gagné 6-1, en réussissant presque tout ce qu'on voulait. Et de manière très convaincante. On l'a montré clairement aux joueurs avec la vidéo pendant et après ce match. Du coup, avant la reprise de Super League à Lugano, toute l'équipe était convaincue: oui, notre manière de faire mène au succès. Pour moi, c'est la clé qui nous a permis de prendre un si bon départ.

Et le deuxième moment décisif?
C'était après l'élimination en Coupe (ndlr: aux tirs au but en huitième de finale).

«On a perdu à Yverdon parce qu'on n'a pas eu la volonté d'aller au bout de nos capacités. Alors maintenant on le sait: si on fait de notre mieux et qu'on s'en tient à notre plan, on sera très difficile à battre. Mais si on ne le fait pas, on pourra perdre contre n'importe quelle équipe de Challenge League»

La question est alors: comment gères-tu une telle défaite? Depuis, on affiche un bilan de cinq victoires et un match nul. On a trouvé le bon levier. On a repoussé nos limites à chaque match. Même après la victoire contre YB, on n'a pas connu de défaite. La réaction humaine logique aurait été de perdre le match suivant contre la lanterne rouge Lucerne, parce qu'on se relâche.

Peter Stöger, alors entraîneur du FC Cologne, avait dit de votre équipe Paderborn: «Tout le monde sait comment ils jouent. Mais personne ne sait ce que l'on peut faire contre».
Sa déclaration faisait référence à nos variations dans le système de jeu. Un bloc de 4, de 3, 2 attaquants, 3 attaquants... On n'a pas encore cette diversité tactique au FC Zurich. C'est pourquoi je dis toujours qu'on est loin d'avoir achevé notre développement.

Le FCZ joue toujours dans le même système, un 3-5-2.
Exactement. j'ai choisi ce système parce qu'il convient le mieux à nos joueurs. C'est, à mon avis, le système optimal pour l'équipe, afin de gagner des matchs. Et c'est la seule chose qui compte.

Adaptation en français: Yoann Graber

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