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Marcus Rashford et Jadon Sancho lors de la finale de l'Euro 2020

Les Anglais Jadon Sancho (à gauche) et Marcus Rashford sont entrés à la 120e minute de jeu face à l'Italie, uniquement en vue de prendre part à la séance de tirs au but. image: keystone

Les plans foireux de Southgate pour les tirs au but

Dimanche en finale contre l'Italie, le sélectionneur anglais a fait entrer Jadon Sancho et Marcus Rashford uniquement pour la séance fatidique. Une mauvaise idée, comme celle de faire tirer en dernier un jeune de 19 ans.



Gareth Southgate a tenté un coup de poker dimanche soir. Mais il a perdu. Le sélectionneur anglais a fait rentrer Jadon Sancho et Marcus Rashford à la dernière minute des prolongations, uniquement pour qu'ils prennent part à la séance de tirs au but. Et tous les deux ont raté leur essai, tout comme le malheureux Bukayo Saka. L'Italie en a profité pour remporter l'Euro 2020.

Même s'il les a assumés dans la presse après la défaite de son équipe, les choix de Southgate ont de quoi étonner. Pour plusieurs raisons.

Gareth Southgate a mené les siens en finale de l'Euro. Image: sda

Pas en bonnes conditions

La première est évidente: même s'ils se sont échauffés sur la touche, Sancho et Rashford n'ont pas eu le temps de rentrer dans la partie physiquement ni mentalement. Ni même de prendre confiance avec le ballon, puisqu'ils ne l'ont quasiment pas touché.

«Les joueurs sont déjà assez sous pression, mais si vous faites tirer deux joueurs qui n'ont pas encore beaucoup touché le ballon, alors vous leur en demandez beaucoup trop»

Alan Shearer, ancien international anglais, à la BBC à propos de Rashford et Sancho

Risqué donc de leur faire exécuter un geste technique délicat, qui le devient d'autant plus sous pression. «Je n'ai pas compris ces changements si tardifs», avoue Christophe Moulin. L'ex-entraîneur du FC Sion avait lui aussi effectué un remplacement dans les dernières secondes des prolongations lors de la finale victorieuse de Coupe de Suisse des Valaisans contre Young Boys en 2006, aux tirs au but.

A gauche, le president du FC Sion, Christian Constantin, et au centre, l'entraineur Christophe Moulin celebrent la victoire avec le directeur Dominique Massimo, au stade du Wankdorf a Berne apres la victoire de la coupe Suisse contre le BSC Young Boys, le lundi 17 avril 2006. (KEYSTONE/Olivier Maire)

En finale de Coupe de Suisse 2006, Christophe Moulin (en rouge) a été plus heureux que Gareth Southgate dimanche à Wembley. Image: KEYSTONE

Il avait lancé Didier Crettenand – tireur heureux – à la place de Léonard Thurre, «mais pas pour tirer un pénalty, c'était un remplacement par obligation», précise le technicien. Qui a senti, derrière sa TV, que la décision du sélectionneur des Three Lions n'était pas bonne:

«Quand j'ai vu rentrer Rashford, je me suis dit: "S'il tire, il rate!" Il n'avait pas l'air concerné, mais plutôt déçu de ne pas être entré plus tôt. Sa mentalité n'était pas la bonne pour exécuter un tir au but»

Christophe Moulin, ancien entraîneur du FC Sion

Un statut à assumer

Faire rentrer des joueurs uniquement pour tirer un pénalty, c'est aussi les étiqueter experts en la matière. Et potentiellement leur rajouter une couche de pression liée à la peur d'un échec, que leur interdit leur statut. Geir Jordet, un psychologue norvégien du sport spécialiste du football, a montré dans une étude que les footballeurs élevés au rang de stars sont plus propices à échouer lors de tirs au but. «Cela accentue les attentes et la pression. Et, avec plus de pression, ils sont moins performants», analyse le chercheur scandinave.

England's Marcus Rashford reacts after failing to score a penalty during a shootout at the end of the Euro 2020 soccer championship final match between England and Italy at Wembley stadium in London, Sunday, July 11, 2021. Italy defeated England 3-2 in a penalty shootout after the game ended in a 1-1 draw. (Carl Recine/Pool Photo via AP)

La déception de Marcus Rashford, après avoir envoyé son tir au but sur le poteau dimanche soir face à l'Italie. Image: keystone

La Française Delphine Herblin, elle aussi psychologue experte en football, précise dans L'Equipe qu'«un jeune (joueur), à l'inverse, aura une pression extérieure moins importante.» Voilà qui pourrait presque justifier la résolution du coach britannique d'avoir fait tirer Bukayo Saka (19 ans) en dernier.

Bild

Comme Jadon Sancho juste avant lui, Bukayo Saka a vu son tir au but être retenu par le portier transalpin Gianluigi Donnarumma. image: keystone

Expérience requise

Sauf que pour gérer les émotions inhérentes à un tel moment – une finale d'Euro, où le pays hôte doit marquer son tir pour rester en vie – l'expérience est cruciale. Et le milieu d'Arsenal n'en avait tout simplement aucune: avant dimanche soir, il n'avait jamais tiré un pénalty de sa carrière... «C'est incompréhensible d'avoir désigné Saka, s'émeut Christophe Moulin. C'est inhumain de faire tirer ce pénalty à un jeune de 19 ans.»

«C'est terrible pour ce jeune joueur, déplore Pierre-André Schürmann. La suite va être difficile pour lui.» L'ancien entraîneur du Lausanne-Sport, de Neuchâtel Xamax et du FC Sion a vu juste: depuis leurs ratés, Saka, Rashford et Sancho sont les cibles d'insultes racistes sur les réseaux sociaux.

Les erreurs tactiques de Southgate sont d'autant moins pardonnables que le sélectionneur des Three Lions avait, depuis plus de trois ans, mis un point d'honneur à travailler les séances de tirs au but. Un labeur qui avait permis aux joueurs de Sa Majesté de vaincre leur malédiction dans cet exercice – cinq défaites consécutives entre 1996 et 2012 Coupes du monde et d'Europe confondues – lors du Mondial 2018 (victoire en huitièmes de finale contre la Colombie). Avec leur revers dimanche soir face à l'Italie, les Anglais en sont à seulement 22% (2 sur 9) de succès en tournois majeurs après les tirs au but...

Manque de courage

Pour Roy Keane, ancienne star de Manchester United, Gareth Southgate n'est pas le seul responsable de cette désillusion. Le bad boy irlandais a fustigé sur la BBC les joueurs expérimentés des Three Lions, notamment Jack Grealish et Raheem Sterling, qui se sont, selon lui, défilés:

«Ils ne peuvent pas laisser un jeune de 19 ans prendre ses responsabilités. Ils doivent prendre les devants et dire: "Ecoutez, je vais tirer celui-ci!"»

Roy Keane, à propos des joueurs anglais expérimentés Jack Grealish et Raheem Sterling

Gareth Southgate et ses joueurs ont maintenant 18 mois pour travailler leurs tirs au but d'ici la Coupe du monde 2022 au Qatar, où ils feront partie des favoris mais où ils pourraient bien de nouveau avoir à poser le ballon quelques fois sur le point des onze mètres.

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Euro 2021: La victoire de l'Italie, en images

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Euro 2021: La victoire de l'Italie, en images
source: sda / walter bieri
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Euro 2021

C'est prouvé, les tirs au but n'ont rien d'une loterie

Temps d'attente, âge des joueurs, statuts des tireurs, de multiples facteurs influencent le résultat d'une séance de tirs au but, selon une étude norvégienne. Les équipes les mieux préparées les utilisent à leur avantage pour réduire la part du hasard.

L'argument revient à chaque séance de tirs au but. «C'est une loterie», affirment en chœur joueurs et entraîneurs (surtout les vaincus). Cela n'a pas manqué durant l'Euro 2020, notamment lors des matchs de la Suisse face à la France et à l'Espagne. Battus en finale par les Italiens, les Anglais ont, eux aussi, dégainé la célèbre excuse.

A tort, si on en croit le scientifique norvégien Geir Jordet et ses collaborateurs: «Certes, il y a une part de hasard, mais ce n'est pas une loterie. C'est …

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