C'est à Lillehammer en Norvège que débutera samedi une nouvelle saison de Coupe du monde de saut à ski. Appelé par les entraîneurs de l'équipe nationale, Simon Ammann lancera à cette occasion son 28e exercice au plus haut niveau, sur un tremplin lui ayant réussi par le passé, puisqu'il y détient un record de distance en compagnie de l'Allemand Markus Eisenbichler.
Ammann, 43 ans, mérite sa sélection. Après un été difficile sportivement, mais aussi chargé car consacré aux études à l'Université de Saint-Gall, le Suisse a retrouvé ses marques en septembre et a pris la quatrième place des championnats nationaux. Il a également signé à l'automne plusieurs résultats dans les 30 lors des derniers Grand Prix d'été du calendrier.
A Lillehammer, Simon Ammann sera accompagné en équipe de Suisse par Gregor Deschwanden, Killian Peier et Felix Trunz, de 25 ans son cadet. Ce dernier est sélectionné pour la deuxième fois de sa carrière, après ses débuts à Lahti en Finlande la saison dernière. Un contraste saisissant – le vétéran suisse ayant pour sa part atteint en février la barre des 500 sauts en Coupe du monde.
En l'absence du Japonais Noriaki Kasai, 52 ans, non retenu pour le concours d'ouverture en Norvège, «Simi» est à n'en pas douter le plus expérimenté de tous les sauteurs. Alors quand il parle, le Saint-Gallois est écouté, que ce soit par Felix Trunz et les autres athlètes suisses, ou par le petit monde du saut à ski les rares fois où il s'exprime publiquement, comme il vient de le faire en marge du début de saison.
Dans une interview parue sur le site de la Fédération suisse de ski, Simon Ammann s'est longuement confié. Il détaille sa progression, réaffirme ses doutes concernant sa participation aux Jeux olympiques de Milan-Cortina en 2026 et parle surtout de son sport, qu'il aimerait voir évoluer.
Le Saint-Gallois commence par saluer la récente initiative de la Fédération internationale de ski (FIS) visant à restreindre le nombre de combinaisons. «Il ne sera plus possible d’utiliser un très grand nombre de combinaisons en Coupe du monde, ce qui rend l’ensemble non seulement plus durable, mais aussi plus équitable à moyen terme. La FIS a vraiment franchi une étape très importante», fait remarquer Simon Ammann.
Mais «Harry Potter» ne s'arrête pas là et se positionne en faveur d'une refonte drastique du calendrier international. «J’espère personnellement que l’été sera davantage utilisé en termes de compétitions. Je verrais d’un bon œil l’introduction d’un classement de Coupe du monde sur toute l’année», explique-t-il. Le sociétaire du RG Churfirsten aimerait ainsi que la Coupe du monde de saut à ski intègre les Grands Prix d’été, afin qu'il n'y ait qu'un seul circuit majeur mieux réparti sur l'année, et non plus deux distincts dont un particulièrement prenant, comme c'est le cas actuellement.
Le quadruple médaillé d'or olympique pointe ici la difficulté à enchaîner les nombreuses étapes de Coupe du monde sur la courte période hivernale. La Tournée des quatre tremplins – quatre concours et huit journées de compétition en dix jours – en est le parfait exemple et use les organismes. Le risque de blessure est alors important, encore plus en fin de saison, selon les propos du Saint-Gallois.
Un tel bouleversement aurait sans doute du bon pour le saut à ski. Outre de meilleures performances dues à la fraicheur des athlètes, les Grands Prix d'été bénéficieraient d'une meilleure couverture médiatique. Un point non négligeable à l'heure où la discipline a tout intérêt à sécuriser son avenir en se tournant davantage vers la pratique sur gazon synthétique, à cause du réchauffement climatique et du manque de neige.
Il y a deux ans, la Coupe du monde de saut à ski s’était ouverte début novembre à Wisla en Pologne, plus tôt que d'habitude, dans un format hybride: un tremplin glacé et un terrain de réception en gazon synthétique. Or cette expérience n'a jamais été reconduite, ce qui avait déjà interpellé le Suisse Gregor Deschwanden l'année dernière. «Nous sommes parés à d’éventuels hivers sans neige. Et nous avons l’habitude de sauter toutes les saisons. Pourrait-on envisager d’avoir une Coupe du monde annuelle afin également de revaloriser les concours en été?», s'était-il alors demandé en marge des Jeux européens 2023, dans les colonnes de Ski Actu.
Or depuis, rien n'a changé. Sans aller jusqu'à dire qu'elle touchera les dirigeants du saut à ski mondial, la voix de Simon Ammann aura certainement une portée plus importante que celle de Gregor Deschwanden. De là à faire évoluer le circuit? Rien n'est moins sûr.