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«Les gens m'ont insulté»: il fait payer pour voir passer le peloton

«Les gens m'ont insulté»: il fait payer pour voir du vélo
Filippo Pozzato au contact de son public sur le Tour d'Italie.Image: getty

«Les gens m'ont insulté»: il fait payer pour voir du vélo

Alors que la possibilité de faire payer pour assister aux derniers kilomètres des étapes du Tour de France est mise sur la table, l'ancien coureur italien «Pippo» Pozzato propose déjà un ticket pour accéder au point stratégique de la course qu’il organise.
13.11.2025, 05:3613.11.2025, 05:36

Depuis que le parcours du Tour de France 2026 est connu, deux étapes en particulier retiennent l'attention: celles qui s’achèveront à l’Alpe d’Huez, juste avant l’arrivée à Paris.

Le vendredi 19 juillet, les coureurs partis de Gap rejoindront la mythique station par les traditionnels 21 lacets. Ils l’atteindront à nouveau le lendemain, cette fois en franchissant le col de Sarenne. Les quatre derniers kilomètres reprendront le même tracé que la veille.

«J’avais très envie qu’on arrive par le col de Sarenne, mais on se disait qu’on ne pouvait pas aller à l’Alpe d’Huez sans passer par les 21 virages. Les gens ne le comprendraient pas. Le seul moyen était donc de le faire deux fois», a déclaré à l’AFP le directeur du Tour, Christian Prudhomme, pour justifier cette double venue sur les pentes où Coppi, Zoetemelk, Pantani et Armstrong ont écrit l’histoire.

La proposition de Pineau

Ce parcours inhabituel inspire l’ancien professionnel et dirigeant d’équipe Jérôme Pineau qui, dans le podcast Grand Plateau, a proposé de privatiser les derniers kilomètres dans les rues de l’Alpe d’Huez, quand bien même le cyclisme est «un sport populaire et gratuit».

«Privatisons les cinq derniers kilomètres de l'ascension. Faisons payer l'entrée, faisons des VIP, créons quelque chose pour faire gagner de l'argent»
Jérôme Pineau

Cet appel sonne comme un cri du désespoir, à l’heure où le modèle économique de la petite reine est à bout de souffle et où les équipes les plus modestes peinent à survivre financièrement. Pour preuve: les récentes disparitions des équipes Arkéa-B&B Hotels et Wagner-Bazin, la fusion Lotto-Intermarché, ainsi que les retraits annoncés du gouvernement flamand de l’équipe Flanders-Baloise et du sponsor principal de la formation TotalEnergies.

The cyclist of IAM CYCLING team Jerome Pineau, of France, poses near of the new jersey of team for the photographers after the IAM CYCLING team presentation for the 2014 season, in Geneva, Switzerland ...
Jérôme Pineau a couru pour la formation helvétique IAM.Image: KEYSTONE

L’argent en cyclisme est concentré entre les mains de quelques grandes formations et surtout des principaux organisateurs, comme la société ASO, qui chapeaute le Tour de France, l'un des événements sportifs les plus regardés au monde. Droits TV, sponsoring et caravane publicitaire lui assurent des revenus considérables.

Or en proposant aux organisateurs de la Grande Boucle de faire payer les spectateurs pour assister au final des étapes de montagne, une approche contraire à l’ADN de la discipline, Pineau peut certes donner l’impression de vouloir enrichir davantage ASO, mais il souhaite surtout que cet argent soit ensuite redistribué aux équipes. L’homme parle en connaissance de cause: en 2022, son équipe B&B Hotels KTM a disparu, faute de moyens.

Payeriez-vous pour voir une course cycliste?
Au total, 89 personnes ont participé à ce sondage.

Le business des hospitalités

Sur le Tour, il existe déjà des espaces payants, accessibles non pas avec de simples billets, mais via des programmes d’hospitalité onéreux permettant de profiter du village départ, de la zone relais-étape le long du parcours, de l’espace arrivée ou de structures VIP surélevées situées à quelques hectomètres de la ligne.

De tels espaces existent aussi sur les classiques printanières. Chaque mois d’avril, le Vieux Quaremont – emprunté à plusieurs reprises par les coureurs du Tour des Flandres, une course organisée par Flanders Classics – voit ses champs recouverts d’immenses chapiteaux blancs dédiés aux notables et aux invités. Cette pratique gagne aussi Paris-Roubaix, autre course du giron ASO.

«Au bout de la Trouée d'Arenberg, il y a un espace VIP. Qui ramasse l'oseille des gens qui ont payé? C'est ASO. Les spectateurs viennent pour voir tes coureurs, mais tes coureurs ont zéro sur la feuille des rentrées d'argent. Ce n'est pas normal»
Jérôme Pineau

Il faut parfois déjà payer

Cependant, d’autres organisateurs, beaucoup plus modestes, demandent eux aussi aux spectateurs de sortir le portefeuille. Rien à voir avec une prestation premium. Il s’agit ici d’un simple ticket d’entrée, destiné à garantir la pérennité de l’événement, à l'heure où les pouvoirs publics se désengagent.

Cette pratique existe sur la Veneto Classic, une course qui conclut les ProSeries, le deuxième échelon mondial derrière le World Tour. L’épreuve a été remportée par Marc Hirschi en 2022. Le Suisse s’y sent bien, puisqu’il a également signé deux deuxièmes places sur les chemins de graviers et les côtes courtes mais raides de Vénétie.

La Veneto Classic est organisée par la société PP Sport Events, fondée par l’ancien coureur professionnel Filippo Pozzato, qui n’hésite pas à faire payer l’accès à la redoutable Tisa Strappo, escaladée à plusieurs reprises, malgré les vives critiques suscitées au départ.

«Quand j’ai appliqué ce concept pour la première fois, les gens m’ont insulté. Ils m’ont traité d’élitiste. Pour aller voir un match de foot amateur, on paie 15 euros, alors pourquoi ne pas payer pour voir les meilleurs cyclistes du monde?»
Filippo Pozzato auprès de SpazioCiclismo
Cycling: 99th Tour of Italy 2016 / Stage 8 
Filippo POZZATO (ITA)/ 
Foligno - Arezzo (186km)/ 
Giro / (Photo by RS/Tim De Waele/Corbis via Getty Images)
«Pippo» Pozzato compte Milan-San Remo à son palmarès.Image: getty

Le dispositif fonctionne ainsi: «Nous avons commencé il y a quatre ans avec un billet à 10 euros, bière comprise. Depuis l’année dernière, nous proposons un billet à 10 euros sans bière, mais avec de nombreux services inclus. Dans la zone, nous avons des écrans géants, un DJ et un animateur pour faire participer le public».

Pozzato assure que 720 personnes ont accepté de régler la somme cette année, un chiffre en augmentation. Les retours seraient désormais excellents, les spectateurs étant éduqués à cette nouvelle norme. Il espère qu’à l’avenir, le nombre d’entrées atteindra le millier, et souhaite pouvoir augmenter à la fois le prix du ticket et la qualité de son service.

L’ancien cycliste explique néanmoins se heurter à un frein: celui d’un milieu réticent au changement. Sa proposition pour le Giro a ainsi été rejetée. Des propos qui font écho à ceux de David Lappartient, président de l’Union cycliste internationale (UCI), lequel a estimé mardi dans les colonnes de Ouest-France qu’il serait difficile de rendre les routes du Tour payantes. «On va toucher un débat national», a-t-il déclaré, avant d’ajouter: «Si vous voulez faire payer sur le Tour de France, vous n’êtes pas rendu».

Dans cette même interview, le dirigeant rappelle qu’à l’époque où il organisait le Grand Prix de Plumelec, il avait instauré un ticket à cinq euros pour accéder à la côte de Cadoudal, principale difficulté du parcours. Un moyen, selon lui, de sauver la course.

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