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Le football européen manque-t-il de respect à l'Afrique?

Depuis plusieurs semaines, les joueurs sont dissuadés de participer à la Coupe d'Afrique des nations (CAN), comme si cette CAN n'était qu'un concours de fléchettes. D'insinuations douteuses à pressions incessantes, le ton ne pouvait que monter.
03.01.2022, 06:5203.01.2022, 11:47

Des stars africaines ont fini par se vexer, quand d'autres, ailleurs, ont exprimé une forme de vergogne. C'est le cas de Ian Wright, ancien attaquant de l'Angleterre, «gêné» par le peu de cas que les blancs-becs font de la Coupe d'Afrique des nations (CAN), en version originale: «confused».

«Je ne comprends pas ces appels à reporter la compétition ou à y renoncer. Existe-t-il un tournoi plus méprisé que la Coupe d’Afrique des Nations?»
Ian Wright

Les voix indignées désignent l'Europe, plus précisément l'Angleterre où, au motif de loyauté et de prudence, certains joueurs sont exhortés à annuler leur voyage au Cameroun (du 9 janvier au 6 février). Les clubs n'en font pas ouvertement la requête, évidemment pas, puisque cette crise d'autorité serait perçue comme une posture colonialiste. Mais ils le font par le jeu subtil des mises en garde bienveillantes, par l'énumération des dangers qui pullulent au Cameroun, les moustiques, les sauterelles, les pillards, tout ce qui vole et qui pique (sans oublier le Covid, mais comment l'oublier?).

Ian Wright a osé le mot sentencieux: racisme. Mais il a surtout développé un raisonnement infaillible: «Nous avons joué notre Euro dans dix pays différents, en pleine pandémie, et personne n'y a vu de problème. Puis un seul pays hôte, le Cameroun, représente tout à coup un danger. Vous entendez des journalistes demander à des joueurs africains s’ils honoreront leur convocation en équipe nationale. Et pourquoi diable ne le feraient-ils pas? Imaginez la même question posée à un footballeur anglais. Imaginez le tollé.»

Cette question, Sébastien Haller l'a également affrontée aux Pays-Bas. L'attaquant de l'Ajax Amsterdam, actuel meilleur buteur de la Ligue des champions, est d'autant plus testé dans sa moralité qu'il est né en France, qu'il y a effectué toutes ses classes, et qu'il a choisi de porter les couleurs de la Côte d'Ivoire, un peu pour sa mère, un peu pour sa carrière (dans des proportions mal définies).

«Cette question montre le manque de respect pour l’Afrique. Poseriez-vous la même à un joueur européen avant un Euro? Bien sûr que j'irai à la CAN!»
Sébastien Haller

En réalité, les footballeurs africains sont les otages d'un conflit d'intérêt que leur conscience, parfois, peine à arbitrer. D'un côté: le chantage des clubs qui les appellent à leurs responsabilités. De l'autre, la pression d'un continent qui les rappelle à leurs devoirs; notamment Didier Drogba, icône de la Côte d'Ivoire:

«La CAN est pour nous, Africains, l’équivalent de l'Euro, de la Coupe d’Asie et de la Copa America. Il y a encore trop de discriminations, d’inégalités à l’égard de nos compétitions, nos joueurs»
Didier Drogba

Le problème tient également à la forme, à cette façon un rien suprémaciste d'évoquer la CAN avec hauteur, comme un tournoi de sous-préfecture Les Africains le perçoivent comme un manque de considération, à tout le moins de gratitude, envers un continent qui fournit quelque 20% des effectifs européens.

L'Afrique exagère un peu, elle aussi

Mais le problème n'est pas seulement philosophique, ou politique, ou même logistique. Au contraire de l’Euro, qui s'accapare la trêve estivale chaque quatre ans, la CAN réquisitionne ses joueurs tous les deux ans, en pleine saison. Si les clubs européens font parfois de la rétention pour des matchs de qualification, aucun ne s'oppose à une convocation en équipe nationale lorsque les championnats sont à l'arrêt.

Dans un communiqué diffusé le 30 décembre, l'organisation syndicale FIFPro tient «à rappeler que les joueurs ne sont pas responsables – et pas encore associés! – à l'élaboration du calendrier international, et qu'il ne saurait dès lors leur être reproché quoi que ce soit en la matière».

Non moins indigné par certaines insinuations douteuses, le syndicat conclut à «un profond manque de respect envers le football africain», affirme qu'«être sélectionné est, en Afrique comme partout ailleurs, un objectif suprême pour chaque footballeur». Avant de conclure: «Nous en appelons au respect dû à chaque footballeur et footballeuse africains quand ils sont appelés à jouer pour leur pays lors d'une compétition internationale majeure.»

En 2023, la Coupe d'Afrique des Nations aura lieu en Côte d'Ivoire, vraisemblablement entre juin et juillet. Il y aura toujours des moustiques. Mais moins de frictions.

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