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Comment les réseaux sociaux se sont retournés contre les sportifs

Ce week-end, le football anglais et l'UEFA ferment leurs comptes pour dénoncer les abus. Les sportifs pensaient créer du lien. Les voilà persécutés.
30.04.2021, 18:3304.05.2021, 17:42

Le mouvement de grève commence ce vendredi à 15 heures et s'étire jusqu'à lundi minuit. Dans une action conjointe, l'UEFA et le football anglais ferment leurs comptes Facebook, Twitter et Instagram. Pas de messages. Pas de commentaires. Pas de liens. Trois-cents clubs rompent le contact avec leurs fans, sans distinction entre les bons et les vilains.

A l'origine des réseaux sociaux, le sport y a vu une arme de communication massive. Ce canal lui permettait tout en même temps de court-circuiter les médias traditionnels, peut-être de s'en affranchir, et de garder le contrôle de son image publique.

Or le monde sportif a fini par perdre le contrôle, non pas de son image, mais de son public. Il est aujourd'hui la victime plus ou moins consentante des fanatiques dont il flatte l'intelligence, et des comportements excessifs, désormais obscènes, qu'il associe à de la passion. Le voilà atteint par ceux qu'il se pique de toucher directement (car l'inverse semble beaucoup plus vrai aujourd'hui), surpassé par la familiarité qu'il s'ingénie à créer artificiellement.

En Suisse, Lara Gut fut la première à entrer en rupture avec le monde numérique, jusqu'à fermer tous ses comptes - excepté Facebook où elle conserve une activité sporadique.

Lara Gut sur la RTS

«C’est un grand changement dans ma vie et je suis contente de l’avoir fait. J’ai remarqué avec le temps que cela me prenait trop d’énergie d’être active sur les réseaux sociaux. Ceux-ci ont aussi tendance à créer une proximité avec les gens que je trouve parfois malsaine. Il n’y a plus de frontière entre vie publique et vie privée»

Etouffée très jeune par une notoriété envahissante

Image: KEYSTONE

Granit Xhaka a annoncé cet hiver qu'il fermerait son compte Twitter, épuisé par les insultes racistes et les menaces de mort sur sa famille. Les sportifs, peu à peu, font le choix de témoigner, au risque de paraître ingrats, douillets ou vulnérables.

Message envoyé sur Twitter au frère d'Antoine Griezmann

«Sache que ton frère c'est vraiment une merde. Il mérite de crever enterré vivant ce FDP. C'est une erreur de la vie ton frère. Si je le croise quelque part je le tue»

L'idée même que les réseaux sociaux sont dangereux pour la santé commence à gagner les esprits les plus progressistes. Après un match, de nombreux footballeurs, tennismen et hockeyeurs ont le doigt qui tremble sur la touche «power» de leur téléphone portable: ils savent que ce bouton ouvrira les vannes à des centaines de messages haineux.

Le 11 février, dans une lettre ouverte à Mark Zuckerberg, les dirigeants du football anglais ont appelé à davantage de responsabilité, «pour des raisons de simple décence humaine». Twitter a répondu qu'il ne censurerait pas les commentaires provenant de comptes anonymes.

Réaction de l'UEFA

«J'exhorte tout le monde à déposer plainte à chaque (...) tweet ou message inacceptable. Nous en avons assez de ces lâches qui se cachent derrière leur anonymat pour cracher leurs idéologies nocives»
Aleksander Ceferin, président de l'UEFA

Malgré sa reconversion en leader d'opinion, Thierry Henry appelle à un boycott des réseaux sociaux aussi longtemps que les posts «ne sont pas réglementés avec la même vigueur et la même férocité que les droits d’auteur».

Le sport, en un sens, semble dépassé par la créature qu'il a lui-même nourrie. C'est un peu la question de fond: peut-il reprocher au monstre d'être devenu trop grand, trop cruel, après l'avoir gavé de chauvinisme et entraîné à rugir?

Réponse de Stéphane Koch, conseil en stratégie digitale

«Le sport est dépassé par les réseaux sociaux parce qu'il s'est montré laxiste. Il a joué sur un nationalisme hypocrite, le drapeau, l'identification, en oubliant de rappeler que derrière le drapeau se cachent des origines et des ethnies diverses. Il est tout de même inconcevable qu'en 2021, le droit au respect, dans le football, n'est toujours pas un dû. Je citerais ce supporter qui, arguments à l'appui, expliquait le plus sérieusement du monde: «Si on ne peut même plus dire d'un joueur que c'est un pédé, où va-t-on?»»

Pour éduquer les masses, le sport aura besoin... des réseaux sociaux. Stéphane Koch en est convaincu: «Ces plateformes ne sont qu'un vecteur. A la base, il y a des gens qui mettent leur pensée en ligne.» Puisqu'on n'arrêtera pas le progrès, autant l'accompagner.

«Les réseaux sociaux sont devenus faciles d'utilisation et bénéficient d'une bien meilleure intégration dans la population. Il n'est pas certain, en revanche, que l'éducation se soit autant améliorée. C'est là-dessus que nous devons travailler, et le football en a largement les moyens. Je ne suis pas fan de ce sport, encore moins de son modèle économique, mais je sais qu'il peut devenir un outil de pacification, un lien entre les composantes de la société. Dans cette option, l'action de ce week-end arrive un peu tard mais elle représente un pas dans la bonne direction.»

Ce mouvement durera trois jours et plongera toute une communauté dans le silence, des stades fermés aux réseaux coupés. Ce n'est rien de moins que le plus grand temps mort de l'histoire du football.

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