Si tu veux frimer pendant l'Euro, parle de «gegenpressing»
A prononcer avec une pointe d'accent aristocratique, la bouche en cul-de-poule: «Gai-geux-ne pressing». En bon français: contre-pressing. Mais il faut le dire en allemand, comme tous les mots savants (rösti, kirsch, bretzel) et qui font sérieux (Schadenfreude, que personne n'aurait idée de traduire par «Joie malveillante»). Précision utile: nous parlons ici de football.
Voici donc le «gegenpressing», inventé par l'Allemand Ralf Rangnick et forcément développé par l'équipe autrichienne depuis que Herr Rangnick en est devenu le sélectionneur (juin 2022). Un système de jeu idéal pour briller en société.
Mode opératoire
Le gegenpressing, à l'origine, c'était un peu ça:
Vulgairement dit, le principe consiste à se ruer sur l'adversaire quand il nous a piqué le ballon, sans plus attendre, dans l'espoir de le récupérer immédiatement. C'est l'explication simple que tu donneras à ceux qui n'ont jamais pratiqué d'autre sport collectif que la Bague d'or.
Mais à l'auguste aréopage, il y a bien plus intéressant à débiter. Par exemple cette pensée de Jürgen Klopp, ex-entraîneur allemand (natürlich) de Liverpool:
Pour tenter une telle manœuvre, il faut du courage, que dis-je?, de la hardiesse. Gegenpressing: le nom résonne comme un roulement de tambour et les trépidations d'un cheval au galop. Tout est là: au signal du capitaine Stark du joueur qui initie le pressing, la première ligne part à l'abordage.
L'objectif est double: empêcher l'adversaire de lancer son offensive (a minima), puis récupérer le ballon rapidement (inch allah).
Fougue et intelligence
Une attitude plus sage et velléitaire consisterait à opérer un mouvement de repli, puis à faire obstacle au déploiement adverse. Mais le gegenpressing ne bat pas en retraite. «Il n'est pas conçu pour les testicules flasques» (version remasterisée), admire le Français Franck Leboeuf sur Canal+. Il contre-presse et il harcèle. Il se donne 5 à 8 secondes pour récupérer le ballon, selon la férocité des troupes et l'évaluation de leur état physique. Passé ce laps de temps, il est plus prudent d'arrêter et de revenir à un dispositif défensif classique, moins harassant et exposé.
Leçon de gegenpressing en vidéo
Si le gegenpressing est parfaitement exécuté, le ballon est récupéré proche du but, en grand nombre. Un genre de panique s'installe. Les lignes sont percées. L'adversaire est assiégé. Les balles fusent.
Pour que ça marche, il faut une adhésion totale, une énergie folle et un tempérament rageur, même un petit côté sauvage. Il faut que les joueurs forment un bloc haut, compact et coordonné. Le gegenpressing ne s'offre qu'aux natures fougueuses mais aussi altruistes, deux qualités que l'on distingue plus aisément à Liverpool qu'au PSG (au hasard et pour expliquer la moins prestigieuse contre-pression française).
6 secondes pour récupérer la balle
C'est donc Ralf Rangnick, qui a inventé le processus. Der Professor compte de brillants disciples: Jürgen Klopp, Thomas Tuchel, Julian Nageslmann, Pep Guardiola.
Lorsqu'il est arrivé à Manchester United en décembre 2021, Ralf Rangnick a ressorti son vieux chronographe. Les indiscrétions ramenées de l'entraînement affirmaient (sur Sky Sports) que les joueurs répétaient inlassablement le même exercice: 6 secondes pour récupérer le ballon, puis 10 pour initier une action de but dangereuse. Pour les footballeurs dirigés par Rangnick, c'est «cours ou crève» (un bon mot que tu pourras glisser selon l'ambiance de la salle).
Histoire de conclure en beauté, tu parleras du Umschaltmoment, le fameux instant T, le moment de commuter du gegenpressing à un alignement type, d'un chaos organisé à une structure défensive. Ce sera en quelque sorte ton Umschaltmoment à toi.
Cet article a été adapté d'une première version parue sur notre site en décembre 2021.
