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Image: EPA

Karim Benzema s'est placé en pointe mais a évité de se mettre en avant

Pour son retour en équipe de France, l'enfant prodigue a raté un pénalty et trois occasions nettes. Mais il a entretenu la promesse d'un football meilleur, plus juste et plus technique.
03.06.2021, 06:5503.06.2021, 14:23

Son retour était guetté comme celui du pape en Argentine, ou du loup en Valais, selon l'idée que l'on s'en fait, et Karim Benzema n'a déçu personne: il s'est montré aussi bon et charitable dans le dévouement collectif que peu tueur face au but.

Toute l'attaque a marqué, sauf lui: Antoine Griezmann (34e), Kylian Mbappé (48e) et même Ousmane Dembélé (79e), tout juste entré à la place de ce dernier, comme pour rappeler que les cimetières sont peuplés de gens indispensables. Et néanmoins: avec Benzema, le jeu de la France est apparu nettement plus vivant - sans vouloir insinuer qu'Olivier Giroud, le titulaire du poste, est un poids mort, mais disons que c'est différent...

Au final, la France a battu le Pays-de-Galles 3-0 après avoir évolué à onze contre dix pendant une heure, le temps que l'arbitre décide de soigner sa réputation de juge intègre en expulsant Neco Williams, le jeune milieu de Liverpool, pour une faute de main sans importance.

Les équipes au coup d'envoi

Benzema dans le jeu

Il a commencé par rater un pénalty et comme le relève Vincent Duluc dans L'Equipe, «c'est une bonne manière de s'intégrer et de faire comme les autres, avec ce cinquième échec français en huit tentatives». Il a encore frappé sur le poteau et manqué deux occasions nettes.

Mais il a surtout entretenu la promesse d'un football meilleur, plus juste et plus technique. «Karim Benzema ne marque pas mais inspire les Bleus», titre Le Monde, qui étaie: «Il doit redonner du liant et de la fluidité à une attaque tricolore pas toujours inspirée dans ses dernières sorties.»

Autour de Benzema, la France peut former un ou plusieurs trios complémentaires, ici avec Griezmann et Dembélé.
Autour de Benzema, la France peut former un ou plusieurs trios complémentaires, ici avec Griezmann et Dembélé.

Même sentiment de prodigieuse évidence chez Didier Deschamps, dont les options tactiques étaient particulièrement guettées, elles aussi:

«Avec sa palette élargie, Karim a permis à l’équipe d’avoir une maîtrise. Lui-même a trouvé une complémentarité avec ses partenaires, et pas seulement ceux qui sont à côté de lui»

Le Monde résume le sentiment général: «Le trio Benzema-Mbappé-Griezmann n’a pas déçu. L’entente paraît naturelle, presque fluide. Aux deux premiers le front de l’attaque, sans positions figées et selon l’inspiration de l’instant. A Griezmann le rôle d'électron libre. Dans ce registre, Benzema – attiré autant par la construction que la finition – n’est pas venu lui marcher sur les crampons.»

Benzema dans l'esprit 🙏

C'est précisément sur ce point que le retour de l'enfant prodigue est salué avec bienveillance: Benzema s'est placé en pointe mais a évité de se mettre en avant.

So Foot en devient lyrique: «Une tunique bleue à enfiler, une Marseillaise murmurée du bout des lèvres, une voiturette Volkswagen apportant le ballon du match (les mauvais esprits y auront vu un kart ou une F1), les espoirs de toute une nation sur ses épaules...». Puis après: «Une activité monstre, des efforts sans relâche et surtout de l’acharnement à marquer, coûte que coûte, ses retrouvailles par un but.»

Benzema dans l'histoire

Avec autant de perspectives, l'opinion s'emballe, l'imagination part au galop: la logique voudrait que si la France soit devenue championne du monde avec un avant-centre à zéro but (Giroud, le karting), elle devienne championne d'Europe avec le quatrième meilleur buteur de l'histoire du Real (Benzema, la F1).

Reste à construire une relation harmonieuse avec Antoine Griezmann. Le défi de Didier Deschamps consistera à faire cohabiter deux profils comparables (attaquant axial), deux aspirations identiques (participer au jeu), deux positionnements voisins (tantôt No 9, tantôt No 10) sans toucher à l'équilibre des forces et à l'occupation des espaces.

L'histoire entretient l'idée romantique que les talents finissent toujours par se trouver mais, dans la réalité plus cartésienne du football, l'expérience montre qu'ils peuvent aussi se marcher sur les pieds (Zidane-Djorkaeff).

De même et selon la métaphore qui les désigne, il ne suffit pas de remplacer un karting par une Formule 1 pour aller vite en besogne:

«C'est beaucoup plus compliqué que cela. Et on remporte rarement une compétition grâce à son attaque»
Vincent Duluc, L'Equipe

Mais cinq ans et huit mois plus tard, tout ceux qui aiment le football en général, et la France en particulier, ont envie de retenir une chose. Une seule chose: un garçon qui était parti en vrille est rentré à la maison, où tout le monde semble fou de joie de l'accueillir.

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