Le grand vainqueur du Mondial? Le championnat suisse
Lors de la finale du Mondial entre la Suisse et la Finlande ce dimanche (victoire finlandaise 1-0 après prolongation), 23 joueurs – dont 7 Finlandais – qui figuraient sur la feuille de match jouent dans le championnat suisse. Un record. Un chiffre qui en dit beaucoup. C'est la preuve qu’entre septembre et avril, nous voyons en National League le meilleur hockey au monde en dehors de la NHL. Affirmer le contraire, c’est argumenter contre la réalité.
Certes, la saison écoulée a déjà été un spectacle de premier ordre en dehors de la glace. Intrigues, émotions, jeux de pouvoir, transferts, changements d’entraîneurs, et même contes de fées: suffisamment de matière pour plusieurs pièces de théâtre dans les trois langues nationales, avec le premier titre de Gottéron en guise d’apothéose. Mais la véritable qualité se voit là où elle doit se trouver: sur la glace et dans la manière dont le jeu a été pratiqué.
Beaucoup de choses que nous avons récemment vues lors de la finale entre Davos et Gottéron nous ont semblé familières durant ce Mondial: comme en National League, ce jeu moderne sans positions rigides, avec des défenseurs qui attaquent et des attaquants qui défendent, a été célébré quotidiennement à Zurich et Fribourg. Les Nord-Américains appellent cela le «hockey sans positions» («Positionless Hockey»). En Suisse, nous l’appelons tout simplement: notre championnat.
Le rythme, l’intensité, le mouvement permanent, la flexibilité tactique: tout cela caractérise depuis longtemps aussi la National League lors de ses grandes soirées. Dans ses meilleurs moments, le Championnat du monde n’a été rien d’autre qu’une prolongation de notre championnat, avec les mêmes moyens, mais avec d’autres joueurs et sur une scène un peu plus grande.
Si l’on joue au Mondial d’une manière similaire à notre ligue et qu’au final plus de vingt joueurs issus de National League se battent pour l’or, alors un constat peut être fait sans fausse modestie: notre plus haute ligue est actuellement la meilleure d’Europe.
La Suisse, ce Disneyland du hockey
Bien sûr, le succès n’est jamais uniquement le fruit de ses propres qualités. Celui qui veut gagner a parfois aussi besoin de circonstances favorables. Et les circonstances jouent (encore) en faveur de notre hockey de clubs.
La guerre d’agression russe en Ukraine a modifié la carte du hockey européen. La KHL russe, la grande puissance financière aux côtés de la NHL, a largement disparu en tant que concurrente sérieuse. Les meilleurs joueurs qui ne sont pas assez bons pour la NHL ne partent plus en Russie. Ils viennent en Suisse.
Alors qu’ailleurs les comptes se font en euros ou en couronnes suédoises, nos clubs profitent de la force du franc: un salaire net dans notre monnaie nationale offre tout simplement un pouvoir d’achat supérieur au même montant en euros ou en couronnes. A cela s’ajoute un autre élément: dans aucune autre grande ligue du monde, les joueurs ne peuvent dormir chaque soir dans leur propre lit. En National League, il n’y a pas besoin de «road trips» avec des nuits à l’hôtel. Ceux qui accordent de l’importance à une vie de famille régulière savent apprécier cette qualité de vie. La National League est une sorte de «Disneyland du hockey».
Évidemment, cette situation ne durera pas éternellement. Un jour, les Russes réintégreront la famille internationale du hockey et nos clubs ne pourront pas rivaliser avec les salaires de la KHL. Mais ce jour-là reste encore enveloppé dans le brouillard de l’avenir.
Jusqu’à ce moment-là, la National League demeure sportivement la ligue la plus forte d’Europe et l’adresse la plus attractive sur le marché international des joueurs derrière la NHL. Le mélange entre niveau sportif élevé, argent et qualité de vie reste pour l’instant imbattable.
La Nati en profite
L’équipe nationale en profite également. Nos meilleurs joueurs sont poussés à se dépasser semaine après semaine, à l’entraînement comme en match, par des étrangers de classe mondiale. Six étrangers par équipe augmentent la pression de la performance et, comme nous l’apprend la géologie: les diamants naissent sous la pression. Celui qui veut exister doit devenir meilleur. Le niveau augmente. L’équipe nationale récolte les fruits de ce système.
Le numéro 1 (Sven Andrighetto) et le numéro 3 (Denis Malgin) du classement des compteurs du Mondial évoluent aux ZSC Lions. Cela ne s’était encore jamais produit. Et le meilleur gardien des Mondiaux 2025 et 2026 est un vétéran de notre championnat national: Leonardo Genoni (38 ans/Zoug).
Bien sûr, il existe aussi des questions dérangeantes. Par exemple celle de savoir comment, dans ces conditions, une nouvelle génération de joueurs peut trouver sa place et mûrir à des postes clés? Combien de talents disparaissent dans l’ombre des stars étrangères? Et où sont, au juste, les successeurs de Leonardo Genoni? Quelle est réellement la durabilité du modèle actuel?
Mais ces questions peuvent exceptionnellement rester de côté aujourd’hui. Celui qui met en garde contre un court moment d’ivresse suivi de longs regrets n’a peut-être pas entièrement tort. Mais celui qui pense constamment aux regrets de demain passe à côté du plaisir d’aujourd’hui.
Alors profitons du moment, même si la Nati a perdu la finale ce dimanche.
Adaptation en français: Yoann Graber
