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Comment Cissé, coach très aimé, est devenu un dirigeant contesté

Le directeur sportif du Lausanne-Sport, pointé du doigt en raison des mauvais résultats du club vaudois, a marqué une génération de joueurs quand il était entraîneur. Les problèmes sont arrivés quand il est devenu dirigeant. Portrait.
05.02.2022, 15:5706.02.2022, 19:43
Jonathan Amorim
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Lorsqu'il a débarqué au LS en juin 2020, Souleymane Cissé avait une ambition claire: faire du Lausanne Sport un club européen en jouant avec des jeunes de la région, tout en comptant sur l'appui du grand frère niçois. Le projet devait s'articuler dans un stade flambant neuf et avait de quoi faire rêver les Vaudois.

Deux ans plus tard, les rêves ne collent plus vraiment avec la réalité. Et les fans du club commencent à s'impatienter. Le manque d'identité locale et le rôle de club satellite sont des arguments qui reviennent souvent lorsqu'il s'agit d'émettre des critiques sur ce nouveau LS. Cet argumentaire, on le retrouve également dans les propos de Sandra, jeune supportrice du club et CM du compte Twitter @infos_lausanne.

«On est déçus car on a perdu pas mal de joueurs du coin, des jeunes comme Puertas, mais également d'autres comme Pasche ou Oliveira. Je ne connais pas personnellement Monsieur Cissé mais on entend vraiment tout et son contraire à son sujet, ce qui ne pousse pas à la confiance. De plus, il a l'air détaché du club lorsqu'il s'exprime en interview»

Les propos des supporters tranchent avec ceux venant des anciens joueurs de Cissé. Alexandre Bonal comme Anthony de Freitas se disent étonnés des critiques subies par leur ancien coach. Les deux s'accordent toutefois pour trouver une explication à la situation: «C'est le football, tout est lié aux résultats. De plus, il y a beaucoup de choses qui se disent qui ne sont pas prouvées. Si Lausanne recommence à gagner, tout va s'apaiser. Souleymane est un pro et il est déterminé. Il va réussir».

Le classement

Ce ne sont en tout cas pas les mauvais résultats du club qui vont empêcher Alexandre d'aller supporter son ancien mentor: «C'est le moment, ils ont besoin de soutien». De soutien et de points. Cissé et Lausanne ont encore 17 matchs pour sauver leur projet. Premiers éléments de réponses ce samedi avec le derby face à Servette.

Joueur globe-trotter puis formateur à Evian

Avant de devenir directeur sportif, Souleymane Cissé a été un footballeur professionnel. Né le 10 août 1977 à Bouma en Côte d'Ivoire, il rejoint rapidement l'Europe et évolue avec la réserve de Karlsruhe en Allemagne jusqu'à ses 17 ans. Il connaît ensuite de nombreuses adresses: Dijon puis Nancy, Carouge, Sporting Portugal avant de revenir en Allemagne où il évolue essentiellement en équipe réserve avec Brême puis Hanovre. Il terminera sa carrière en France, à Angoulême puis Evian. Il arrête en 2009. A 32 ans.

A l'ETG (Evian Thonon Gaillard), il démarre une nouvelle vie, celle d'entraîneur. Il restera cinq ans en Haute-Savoie, avec passablement de succès. L'actuel gardien du FC Aigle, en deuxième ligue vaudoise, Alexandre Bonal, était le portier de Souleymane Cissé à Evian :

«Très honnêtement, c'est le meilleur coach que j'ai eu dans ma carrière. Il avait monté une équipe incroyable, on avait terminé vice-champion de France en U19 avec quelques mecs de la région et des joueurs qu'il avait fait venir de Lyon, Grenoble ou Paris. Rien que de reparler de lui, ça me fait remonter mes meilleurs souvenirs liés au football»

Cette magnifique équipe créée par l'actuel directeur sportif de Lausanne comptait notamment dans ses rangs le défenseur de Servette Yoan Severin et l'attaquant de Xamax Yanis Lahiouel. En France voisine, «Soulé'» a également laissé le souvenir d'un homme proche de ses joueurs et celui d'un fin technicien comme nous l'affirme à nouveau Alexandre: «Il était très proche de nous, il savait parler aux jeunes, c'était une sorte de deuxième papa. En centre de formation, tu vois plus souvent ton entraîneur que ton propre père. Au niveau sportif aussi, c'était du lourd. On travaillait des exercices la semaine qu'on reproduisait le week-end, on jouait vraiment bien au foot. Il m'a fait travaillé énormément au pied pour que je relance depuis derrière avec mes défenseurs. C'était un excellent entraîneur mais également un super éducateur, j'en garde que des bons souvenirs».

L'aventure à Evian s'arrête en 2014 pour Souleymane Cissé qui prend la direction de Monaco, laissant un gros vide derrière lui. Alexandre Bonal: «Après son départ, plus rien n'a été pareil. Plusieurs joueurs, dont moi, n'ont pas été conservés par le club. De nouveaux formateurs sont arrivés et je n'ai plus jamais vécu d'aussi belles émotions».

A Monaco avec Mbappé

En 2014, Souleymane Cissé rejoint le Rocher et l'AS Monaco où il prend les rênes de la réserve tout en gardant un œil attentif sur les équipes de jeunes. Rapidement, il devient proche d'un certain Kylian Mbappé qu'il voit grandir. Ses qualités de formateur et son sens de la communication font vite de lui son mentor. Des sources proches du dossier affirment que Cissé aurait notamment protégé la superstar française lorsque cette dernière se serait embrouillée avec certains entraîneurs.

Ce rôle de grand frère, que Souleymane Cissé a transféré d'Evian à Monaco, Anthony de Freitas s'en souvient bien. L'actuel joueur du FC Bienne faisait partie de la réserve monégasque lors de l'arrivée de Cissé :

«Je l'ai eu un an à Monaco comme entraîneur et je me souviens d'un coach très proche de ses joueurs, une sorte de grand frère. Il aimait beaucoup faire jouer les jeunes. C'était un coach moderne avec de nouveaux principes de jeu. Il sortait d'une formation au Portugal et nous donnait des exercices qu'on peinait à comprendre au début. Mais par la suite, on a réussi à les appliquer en match. Il avait une vraie vision de jeu et du football»

L'expérience se termine en 2017 après trois ans passés à l'ASM durant lesquelles sa plus grande réussite aura certainement été cette proximité avec Mbappé. Il travaille ensuite pendant quelque temps comme recruteur sur le continent africain pour l'OGC Nice, avant de signer pour un nouveau club de Ligue 1, sur la côte Atlantique cette fois-ci.

Une expérience compliquée à Bordeaux

En janvier 2019, Souleymane rejoint les Girondins de Bordeaux, en qualité de directeur technique. Le poste consiste à coordonner le centre de formation, des petits jusqu'à l'équipe réserve. Il répond aux ordres du directeur sportif dans ce nouveau rôle. Le club est alors en mains américaines, avec les propriétaires, «King Street», qui apprécient le personnage.

Dès son arrivée, Cissé réalise un audit complet et prend plusieurs fortes décisions en se séparant notamment de formateurs historiques, des figures du club. Il les remplace mais un climat tendu s'installe. Il réalise quelques coups également en faisant venir des joueurs qui iront jusqu'en première équipe comme Mehdi Zerkane de Monaco. Beaucoup de transferts suivent chez les jeunes et dans la réserve, mais certains interrogent.

Des zones d'ombres commencent à émerger et on l'accuse de placer ses intérêts avant ceux du club sur certains transferts. Des rumeurs qui n'arrêteront plus de le suivre et qui persistent encore aujourd'hui à Lausanne, sans toutefois que personne n'arrive à prouver quoi que ce soit. Il s'est par ailleurs défendu contre ces attaques dans un entretien accordé au Blick, niant avoir touché un seul centime sur les transferts pour lesquels il a pu travailler.

C'est finalement le transfert d'un joueur togolais qui va précipiter son départ: l'affaire Thibault Klidjé. Souleymane Cissé est accusé d'avoir participé à l'organisation d'un transfert relais (manœuvre qui consiste à faire appel à un club intermédiaire, par lequel transitera le joueur, avant de rejoindre sa réelle destination, ceci afin d'éviter les indemnités de formation).

La Fifa condamnera les Girondins à verser une indemnisation au club formateur togolais du joueur. Souleymane Cissé acceptera ensuite une proposition d'Ineos et s'envolera pour Lausanne, où il sera confronté à d'autres défis de taille.

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source: keystone
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