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Un genou qui grince est parfois le signe d'un athlète qui craque

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Un genou qui grince est parfois le signe d'un athlète qui craque

Une blessure au genou n'est pas toujours, pas seulement, un problème mécanique. Elle révèle souvent un rapport difficile à l'autre ou à l'autorité. Et si on se penchait sur le je-nous?
18.10.2021, 18:5819.10.2021, 15:11

Lara Gut et Stan Wawrinka. Sur leur genou, une balafre, très longue balafre. Des maux qui laissent une trace et jamais ne s'effacent.

En parlant avec eux, une même évidence immédiate: un genou qui grince est parfois le signe d'un athlète qui craque. Au moment de sa blessure, Lara Gut portait le poids d'une attente énorme, «trop pesante pour moi», éternelle petite sauvageonne, libertaire et solitaire, face à une attention dont elle n'a jamais su que faire. Et voilà son genou qui plie bassement, un genou qui se dérobe lâchement, dans un trou pas bien grand, en plein championnats du monde de St-Moritz (GR).

«Je m’étais perdue. J’étais tout le temps sollicitée, je ne m’appartenais plus. Avec la blessure, je me suis enfin retrouvée»
Lara Gut en 2017

Stan Wawrinka n'a pas eu d'accident, «juste» un trou dans le cartilage. Mais le mécanisme est tout aussi délétère, jusqu'à poser un genou à terre. Fléchir sous la pression. Se plier aux sollicitations. S'incliner devant des tâcherons. Et puis craquer.

«Ma blessure est arrivée à un moment où j’étais cramé, fatigué de tout, au bord de péter les plombs. J’ai quand même l’impression que ce n'est pas un hasard»
Stan Wawrinka en 2019

Dans la métaphore et la symbolique, le genou est passablement déprécié, invariablement associé à une forme de capitulation - tout en lui abdique. Fatigue: sur les genoux (ou sur les rotules). Rapport de soumission: se mettre à genou, demander à genou (génuflexion). Relation à l'autre: je-nous.

Dans la médecine traditionnelle, le genou est d'abord une articulation fragile, composée de trois os (le fémur, le tibia et la patella), sans guère de ramifications avec le cerveau. Ce qu'un médecin peut penser en privé, voire étayer avec des hardiesses de fin de banquet, sort rarement de la table, encore moins dans les médias. Des cinq spécialistes que nous avons contactés lundi, un seul a accepté de traiter le sujet (un kiné) sous couvert d'anonymat. Les autres étaient en colloque, débordés à cause des vacances scolaires ou peu compétents en matière de troubles somatiques.

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«Les blessures au genou ont tous une raison mécanique», explique le kiné. «On ne peut pas dire qu'un trou dans le cartilage soit d'origine psychologique. Mais c'est vrai qu'à certains égards, les athlètes ne sont pas différents du commun des mortels. Parfois, souvent, un mal de genou révèle d'autres choses. L'arrivée de la pluie ou du froid chez certains. Le stress chez d'autres.»

Pour conforter cette théorie, il faut se tourner vers l'anthropologie et la spiritualité, notamment vers le livre de Michel Odoul, (auto)présenté comme le fondateur de la psycho-énergétique. Selon ce spécialiste du shiatsu, «la raison mécanique n’est pas suffisante», comme il l'écrit dans Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi.

«Le genou est l'articulation qui sert à plier, à se plier. C’est l’articulation de l’humilité, de la souplesse intérieure, de la force profonde. […] Le genou est le signe de l’allégeance, de l’acceptation, voire de la reddition et de la soumission. Il est facile de déduire que, lorsque nous avons mal à un genou, cela signifie que nous avons de la difficulté à plier, à accepter un vécu particulier»

A Toulouse, un grand cabinet d'ostéopathes, le Cabinet B, affiche ouvertement ses convictions. Un texte aborde la symbolique du genou sous son aspect le plus fondamental et utilitaire. Extraits:

«Grâce à mon genou, j’avance. Je vais de l’avant. Mon genou est le lien grâce auquel je peux effectuer chacun de mes pas, dans cette volonté d’aller plus loin, de partir à la découverte du monde et des autres»
«Enfant je marchais à quatre pattes. Ces premiers pas sur mes genoux étaient le symbole de ma volonté de m’émanciper. Alors que se passe-t-il lorsque mon corps retombe à genoux? Je retombe en enfance. Dans cette situation de soumission. A l’autorité, aux décisions que l’on m’impose, à mon incapacité à agir»
«Je suis infantilisé. Me rabaisser, au propre comme au figuré. Me faire tout petit. Je ne veux plus prendre de décision et je laisse l’autre décider de moi. Je me plie à sa volonté. Et mon genou suit le mouvement de ma pensée»

Problème à lâcher prise, à aller de l'avant, à accepter l'autorité: Lara Gut et Stan Wawrinka ne l'exprimaient pas en ces termes, mais il y avait un peu de ça, parfois, dans leur façon de prendre la blessure avec philosophie; sans s'épargner pour autant une rééducation longue et pénible.

Forcément, il est tentant de s'interroger sur les problèmes au genou répétés de Roger Federer, Lionel Messi ou Belinda Bencic, entre autres instincts surdéveloppés.

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