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Entre déception et fierté. Le skieur valaisan Justin Murisier a pris la quatrième place, au pied du podium, du combiné alpin aux JO de Pékin.
Entre déception et fierté. Le skieur valaisan Justin Murisier a pris la quatrième place, au pied du podium, du combiné alpin aux JO de Pékin. image: keystone
Jeux olympiques

Snobé, le diplôme olympique ne reçoit pas l'importance qu'il mérite

Cette grande pièce de papier imprimée récompense les athlètes qui finissent, dans les épreuves olympiques, aux rangs 4 à 8. Pourtant hautement symbolique, elle est dénigrée. De plusieurs manières.
15.02.2022, 16:4415.02.2022, 17:06
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Sur les réseaux sociaux, il faut bien chercher, pour trouver un athlète posant avec son diplôme olympique. Tout le contraire des médailles, exhibées fièrement et en masse par leurs propriétaires.

C'est symptomatique: même s'ils récompensent une performance déjà exceptionnelle – de la 4e à la 8e place d'une épreuve aux JO – ces diplômes ne valent pas grand-chose. Financièrement, d'abord: pas plus de 2000 francs en Suisse, selon 20 Minutes. Symboliquement, ensuite. En tout cas pas aux yeux de certains sportifs qui les ont reçus.

L'ex-skieuse américaine Picabo Street en fait partie. «Quand je finissais mes courses hors du podium, je n'avais pas besoin d'un gentil mot et d'un morceau de papier. J'avais besoin de quelqu'un qui me dise, droit en face: "Tu as très mal skié, retourne prendre le télésiège et redescends cette montagne!"», rembobinait-elle dans le New York Times en 2014.

Joana Hählen, sixième de la descente de ski alpin à Pékin, va rentrer de Chine avec un diplôme.
Joana Hählen, sixième de la descente de ski alpin à Pékin, va rentrer de Chine avec un diplôme. Image: KEYSTONE

Steven Holcomb, pilote américain de bobsleigh, réagissait pareillement. «Je suis ici pour une médaille. Tu es quatrième comme tu peux être dernier», tranchait le champion olympique de Vancouver, dans le même article. Le bonhomme en sait quelque chose: avant son sacre, il avait terminé à la sixième place quatre ans plus tôt, à Turin.

Têtes en l'air et bricolage

Diplômé, il n'a pourtant jamais reçu son papier, comme il l'a expliqué avec humour:

«Je ne me souviens même pas avoir reçu quelque chose comme ça. Peut-être qu'ils me l'ont envoyé et que ma mère l'a pris. Ou alors ils avaient la mauvaise adresse?»
Steven Holcomb, bobeur américain, au New York Times

Son compatriote kayakiste Scott Shipley, cinquième aux JO de Sydney en 2000, a peut-être lui aussi une maman fouineuse ou un domicile compliqué à localiser. Toujours est-il que, lui non plus, n'a jamais vu la couleur de son diplôme. Il avouait au média Slate, non sans sarcasme, qu'il «ajouterait ça à la liste des diplômes qu'il n'a jamais obtenus».

«Peut-être que c'est une nouvelle invention?», questionnait, cette fois sans ironie Rachael Flatt en 2014 dans le New York Times. La patineuse américaine, septième à Vancouver, a aussi été oubliée.

Ne pas recevoir son diplôme? Aucune importance pour Steven Holcomb, apparemment pas très branché paperasse.
Ne pas recevoir son diplôme? Aucune importance pour Steven Holcomb, apparemment pas très branché paperasse. Image: keystone

Mais non, les diplômes olympiques existent depuis très longtemps. Depuis même le début des JO modernes en 1896, pour être exact. A ce moment, seul le vainqueur en recevait un. En 1923, ils ont été étendus aux trois premiers, en complément de leur médaille. Dès 1949, la distinction a récompensé les six meilleurs de chaque épreuve et, finalement, depuis 1981, elle honore le top 8.

L'ignorance de nombreux athlètes quant à l'existence des diplômes et les oublis du comité olympique américain sont, eux aussi, révélateurs du manque d'estime accordé à ces papiers symboliques. L'absence de protocole uniformisé pour leur distribution, aussi. Contrairement aux médailles, remises lors de cérémonies orchestrées d'une main de maître, la transmission des diplômes aux athlètes est aléatoire: ils sont tantôt glissés dans une enveloppe, entre d'autres lettres, remise sur place. Donnés de main en main, parfois plusieurs mois après la compétition. Ou carrément oubliés, donc. Autrement dit: du bricolage.

Honneurs présidentiels

Pour récompenser ses diplômés, le comité olympique suisse a organisé une réception à Macolin (BE) après les JO de Tokyo, en présence de la ministre des Sports, Viola Amherd, et du président de la Confédération en 2021, Guy Parmelin. Mais tous les Etats ne font pas cet effort.

Pourtant, les diplômes représentent le véritable baromètre du niveau sportif d'un pays. Moins aléatoires qu'une médaille – qui dépend d'autres facteurs comme la gestion du stress ou la part de chance au moment décisif –, ils témoignent de la capacité d'une nation à placer des athlètes dans le haut du panier. «Nous ne faisons pas une fixation en termes de médailles car, à nos yeux, les places en finale, donc les diplômes, sont aussi importantes», affirmait dans ce sens en 2000 Hans-Jorg Witz, alors chef de la délégation helvétique, au Temps.

A Tokyo, 23 diplômes – y compris les disciplines collectives – ont été distribués aux athlètes suisses (49 personnes au total). Un score tout à fait honorable pour des Jeux d'été. A Pékin, on fera le décompte dimanche. Reste à savoir si nos champions, classés hors du podium, s'exposeront papier en main sur les réseaux sociaux ou si celui-ci sera fièrement encadré. Ou alors prendra-t-il la poussière dans un fond de tiroir, comme chez certains anciens diplômés? Vous l'aurez compris, ce serait franchement dommage.

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source: sda
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