Le coup de génie du coach de Davos pour battre Zurich
Les ZSC Lions ont beau détenir le record du monde du nombre de victoires consécutives à domicile en play-offs (19, série en cours), ils n’accéderont pas à la finale s’ils ne s’imposent pas au moins une fois à Davos.
Après leur défaite 4-2 lors du premier acte de la demi-finale, les Zurichois ont également perdu leur deuxième match à l’extérieur, 1-0 ce mercredi. Lundi, ils s'étaient imposés 3-1 à domicile grâce à un dernier tiers exceptionnel (19 tirs contre 6), recollant ainsi à un partout dans la série. Deux jours plus tard, ils n'ont toutefois eu aucune chance dans le dernier tiers (10 tirs contre 5). Mais comment est-ce possible?
Eh bien, un changement opéré par l’entraîneur du HC Davos, Josh Holden, a joué un rôle décisif. Le technicien grison a remplacé le Canadien Adam Tambellini par son compatriote Brendan Lemieux. A première vue, cette rotation concernant les postes étrangers n’a eu aucun effet. Lemieux n’a inscrit ni but ni passe décisive. Mais Brendan Lemieux est un méchant, ce qui n'a rien de négatif. Comme en lutte suisse, en hockey, surtout lors des play-offs, les méchants sont en réalité les gentils.
Lors du premier match de la demi-finale, Brendan Lemieux était en tribunes. Il en était de même pour le deuxième acte à Zurich. Tous ceux qui l’ont croisé dans les travées se demandaient alors: est-ce vraiment ce redoutable Brendan Lemieux qui avait accidentellement frappé le juge de ligne lors d'une bagarre, et accumulé 26 minutes de pénalité en deux matchs, durant la demi-finale l'an passé? Est-ce vraiment le fils de Claude Lemieux, l’un des joueurs les plus méchants de l'histoire de la NHL?
En réalité, Brendan Lemieux est un jeune homme extrêmement sympathique, qui ne ferait aucun mal à une mouche. Sur la glace, en revanche, il a adopté les manières rudes de son sport. Tenace, infatigable et courageux, il sème constamment le trouble devant le but. C’est un joueur qui oblige les membres de l’équipe adverse à rester attentifs s’ils veulent éviter le corps à corps avec lui.
Certes, il n’a écopé d’aucune pénalité lors de ce troisième acte, et n’a ni marqué ni délivré de passe décisive. Lemieux, monté en pression en tribunes, a toutefois dynamisé la première ligne aux côtés du meilleur buteur Matej Stransky et de Simon Ryfors. Ce trio offensif n’a certes pas inscrit le but décisif, mais il a semé la pagaille et déstabilisé les ZSC Lions pendant au moins 30 minutes. Si les Zurichois n’ont pas réussi à trouver leur jeu et à déployer la même énergie que lors du deuxième match à domicile, c’est en partie à cause de l’impact de Brendan Lemieux.
Le HCD s'était incliné lundi à l'extérieur, parce que les hommes de Marco Bayer avaient su imposer un rythme bien plus soutenu. Pour le troisième acte, Josh Holden a donc fait appel à Brendan Lemieux, un attaquant étranger capable, plus que quiconque, de dynamiser le jeu par son intensité.
Autre élément frappant: le jeu en supériorité numérique des Zurichois a été catastrophique mercredi à Davos. Pendant 5 minutes et 36 secondes, ils n’ont pas réussi à se créer la moindre occasion véritablement dangereuse. Le power-play des ZSC Lions est redoutable lorsque Sven Andrighetto convertit une passe transversale en tir direct, mais l’attaquant est absent en raison d’une blessure. Willy Riedi a bien tenté de prendre le relais, sans succès.
Pour Sven Leuenberger, directeur sportif des Zurichois, tout cela doit sans doute déjà raviver le souvenir de la finale 2007. A l’époque, il était directeur sportif du CP Berne. Les Ours avaient remporté leurs trois matchs à domicile face au HCD, mais perdu les quatre rencontres à l’extérieur. Le septième et dernier acte, disputé à Davos, s’était achevé sur le plus petit des scores, comme ce mercredi.
Le CP Berne comptait un immense talent dans ses rangs, Christian Dubé, comparable à Denis Malgin, tandis que le HCD disposait déjà, avec Josef Marha, d’un buteur tchèque de premier plan. Autre point commun: le coach davosien Josh Holden possède au moins autant de tempérament que l’entraîneur champion de l’époque, Arno Del Curto.
Karl Marx disait que l’histoire se répète toujours deux fois, d’abord comme une tragédie, ensuite comme une farce. Et bien, cette demi-finale, quelle que soit son issue, n’est ni une tragédie, ni une farce. C’est tout simplement du hockey grandiose et intense.
