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Alex Frei au FC Bâle: «Une dose d'humilité nous ferait du bien»

Alexander Frei, également appelé Alex Frei, est un footballeur international bâlois reconverti entraîneur du FC Bâle depuis le 23 mai 2022.
Alexander Frei, également appelé Alex Frei, est un footballeur international bâlois reconverti entraîneur du FC Bâle depuis le 23 mai 2022.keystone

Alex Frei: «Une dose d'humilité nous ferait du bien à Bâle»

Le nouvel entraîneur du FC Bâle, tronchu notoire, explique sa façon de considérer son métier, le succès, le football et ses joueurs. Il dit aussi qu'il a changé.
14.07.2022, 06:2918.07.2022, 06:18
Jakob Weber et Christoph Kieslich

Alex Frei, le métier d'entraîneur est-il aussi terrible qu'on le dit?
Par certains aspects, oui. Mais jusqu'à présent, j'ai surtout eu l'occasion d'en vivre les bons côtés. Car pour moi, même les défaites ne sont pas moches.

C'est-à-dire?
Ce qui est moche, c'est de s'attendre à être licencié. Je n'ai encore jamais vécu cette situation, mais bon, Ottmar Hitzfeld m'a dit un jour que l'on ne devenait un bon entraîneur qu'après avoir été licencié une fois. Pourtant, lui n'a jamais été renvoyé. Quoi qu'il en soit, quand les choses tournent mal, quand elles deviennent moches, il faut prendre du recul.

Comment s'y prend-on?
Cela passe par l'environnement personnel, en convenant par exemple de ne pas parler du FCB en privé.

Vous n'en parlez même pas avec votre père, qui vous a toujours suivi de près?
Même pas. Depuis que je suis entraîneur, j'agis ainsi. Peut-être que ce ne sera pas toujours possible. Mais comme je sais ce que représente une institution comme le FC Bâle, et la pression qui l'accompagne, je n'ai pas besoin en plus de savoir ce que les gens disent à mon père sur le club.

Vous vous rendez toujours au centre d'entraînement en vélo électrique depuis votre domicile?
Oui, presque toujours. Sauf aujourd'hui, parce que je dois encore faire des courses en rentrant.

Alex Frei.
Alex Frei.keystone

Vous avez obtenu la promotion avec Winterthour la saison dernière. Vous auriez pu commencer par profiter du bon côté de la vie d'entraîneur, de l'euphorie de la montée dans une saison sans relégation directe. A Bâle, vous serez toujours sous pression.
La pression était différente à Winterthour, mais l'approche était la même: nous voulions tout faire pour obtenir un maximum de succès. Il s'agissait d'abord de réduire l'écart avec les leaders. Ensuite, de rester devant aussi longtemps que possible. Mais l'objectif de la montée était toujours présent à l'esprit, et durant toute la saison.

Quelles sont vos ambitions à Bâle?
Vous ne m'entendrez pas dire que nous allons gagner des titres. Mais nous ferons tout pour en remporter.

Lorsque vous avez joué pour la deuxième fois pour le FCB (2009-2013), la garantie de titre existait encore.
C'était une autre époque. Celui qui est allé pour la première fois au stade en 2009 a grandi à une époque où le FCB était champion huit fois de suite. Pour une telle personne, il n'est peut-être pas facile d'accepter, 13 ans plus tard, qu'il y ait aussi d'autres phases. Quelqu'un de bien plus âgé a déjà plus de compréhension, parce qu'il a aussi vécu des périodes difficiles pour le club. Ce qui est sûr, c'est que sur dix titres possibles, en championnat et en Coupe, le FCB n'en a remporté qu'un seul au cours des cinq dernières années.

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Qu'est-ce que cela vous dit sur l'état du FCB ?
Il y a manifestement d'autres clubs qui ont très bien travaillé, voire mieux. Il y a simplement des cycles qui se terminent un jour. Il faut alors reconstruire quelque chose pour pouvoir à nouveau marquer une décennie. Faire 3-3 contre Manchester United et gagner 2-1, c'est possible dans certaines circonstances. On peut en profiter, absolument. Mais ce n'est tout simplement pas la réalité. La réalité, c'est 500 millions de budget contre 45 à 50 millions ici. C'est pourquoi nous tous, à Bâle, aurions besoin d'une dose d'humilité, de retenue et d'un peu de modestie. Malgré tout, on peut être conscient de la tradition, de l'importance et du rayonnement du FCB.

En Europe, selon les dernières enquêtes, un entraîneur reste en poste à peine 506 jours en moyenne.
Selon la ligue, cela peut être encore moins. Quand on choisit la vie d'entraîneur, il faut être soi-même, authentique, il faut avoir une philosophie claire sur ce que l'on veut. Et en cela, il faut avoir une certaine flexibilité, car il ne sert à rien de vouloir imposer son style de jeu si on n'a pas les types de joueurs pour le faire.

Quel type de football souhaitez-vous voir pratiquer par votre équipe?
Je suis un partisan de la possession de balle, mais aussi d'un football esthétique. Donc d'une possession de balle intelligente, avec des changements de rythme dans certaines phases, adaptés aux moments de transition et ainsi de suite.

Fiche bio

Alex Frei aura 43 ans vendredi. Il est le meilleur buteur de l'équipe nationale suisse avec 42 réalisations. Dans sa carrière active, l'attaquant a joué pour Thoune, Lucerne, Servette, Rennes, Dortmund après ses débuts au FC Bâle, avant de revenir au FCB en 2009. En avril 2013, Frei a mis fin à sa carrière en marquant un but sur coup franc contre le FCZ et a été transféré le lendemain à Lucerne en tant que directeur sportif. Sa carrière d'entraîneur a débuté en 2015 dans le club amateur bâlois de Timau. Après quatre ans en tant qu'entraîneur de la relève au FCB, Frei a quitté le club en 2020 pour devenir entraîneur en chef à Wil. La saison dernière, il a mené le FC Winterthour en Super League avant de répondre à l'appel de son club de jeunesse.

Revenons un peu en arrière: en 2018, en tant qu'entraîneur des M18, vous avez assuré l'intérim de la première équipe du FCB pendant deux matches. Qu'avez-vous appris en tant qu'entraîneur dans l'intervalle ?
Enormément de choses. A l'époque, j'avais dit clairement que je ne le ferais que pour une semaine. Je n'étais pas encore prêt à devenir entraîneur du FC Bâle. J'ai ensuite passé mes diplômes, je suis allé voir Lucien Favre à Dortmund. J'ai vu beaucoup de choses que j'ai aimé. J'ai pris le temps de grandir en tant qu'entraîneur dans le domaine de la relève, et j'ai remarqué qu'il m'était relativement facile de former un groupe. Le reste, c'est aux joueurs qui ont travaillé avec moi de le juger. Mais tout ce que j'ai fait jusqu'à présent en tant qu'entraîneur a du sens pour moi et m'a permis de progresser. Si le FCB n'avait pas frappé à ma porte, je serais resté à Winterthour.

Il y a quatre ans, votre bref intermède s'était soldé par une défaite sans gloire 3-0 à domicile contre le PAOK et l'élimination de la Ligue des champions. Vous aviez alors parlé d'une équipe qui devait devenir plus «adulte» et qui n'était pas assez «méchante». Où en est l'équipe aujourd'hui?
Par méchante, je voulais dire qu'il ne faut pas se soumettre au destin, qu'il faut se rebeller. Nous allons vivre des situations qui ne seront pas toujours justes, des choses qui vont susciter l'incompréhension, et nous allons peut-être connaître une baisse de régime en tant qu'équipe. Comme entraîneur et staff technique, tu peux régler certaines choses, mais certaines influences doivent être réglées par l'équipe elle-même. Une bonne équipe sur le long terme y parvient.

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Quel est votre bilan intermédiaire?
Après les quatre premières semaines, je suis très surpris que la dynamique de groupe se développe comme nous l'avions imaginé. Je ne juge pas les matches amicaux sur le résultat, mais sur la manière. Nous sommes en bonne voie.

L'équipe sera-t-elle capable de répondre aux attentes de la ville et du club? Elle doit livrer la marchandise très tôt, surtout lors de la qualification pour la Conference League, ce qui est éminemment important du point de vue économique pour le FC Bâle 1893 SA.
Je pose la question autrement: ferait-on une super saison si nous terminions 3e et que trois de nos joueurs partaient en Angleterre pour 60 millions?

Finir 3e serait une bonne opération. Et les millions des transferts donneraient une marge de manœuvre à moyen terme.
Nous sommes donc d'accord. Ce n'est pas mon ambition de terminer 3e. Mais il se peut que cette saison, une 3e place soit aussi le maximum. Le FC Aarau a chuté à la 3e place lors de la dernière journée de Challenge League. Ce n'est pas pour cela que c'était une saison de merde. Ils ont aussi fait un énorme travail.

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Si vous atteignez la phase de groupes en Coupe d'Europe, cela signifie qu'il y aura un match tous les trois jours jusqu'à la mi-novembre, à l'exception d'une courte interruption pour cause de matches internationaux. Les nombreux jeunes joueurs seront-ils à la hauteur de cette exigence?
J'ai fait savoir aux joueurs qu'il n'y aurait pas de onze A et de onze B chez nous. Il n'en sera ainsi que si nous voyons que des joueurs ne sont pas encore prêts ou qu'ils ne fournissent pas de bonnes prestations avec une certaine régularité. Chaque joueur doit se préparer de manière à pouvoir jouer tous les matches, peu importe son âge.

A chaque transfert cet été, la communication officielle disait que vous aviez eu des contacts intensifs avec le joueur. Comment apprend-on à convaincre les gens?
Ceux qui me connaissent savent que je suis authentique. Je dis la vérité aux joueurs. Parfois, la vérité fait mal sur le moment, mais jamais un joueur ne pourra rentrer chez lui et dire que je n'ai pas été honnête. Nous sommes durs dans les faits, mais doux dans le ton. Pour que je ne sois plus doux dans le ton, il faut beaucoup. J'ai appris à contrôler mes émotions.

Votre passé de joueur en France, en Allemagne et en équipe nationale est-il un atout pour convaincre les joueurs de s'entraîner sous vos ordres?
Quand on a été joueur, on connaît certaines dynamiques dans le vestiaire que l'on peut anticiper. Cela permet de prévenir les conflits à un stade précoce et d'éteindre un feu avant qu'il ne s'allume. C'est l'avantage par rapport à quelqu'un qui n'a pas été professionnel.

Qui est le favori pour le titre de champion?
Les autres ne m'intéressent pas, à part en semaine, quand on s'apprête à les affronter.

Mais vous avez certainement une opinion sur la situation de vos adversaires.
Bien sûr que oui.

«Je vais citer Uli Hoeness: le Père Noël n'apporte pas de titres, c'est le lapin de Pâques qui les apporte. Jusqu'en novembre, tu dois être au contact; la décision se fait au printemps»

Mais ces dernières années, la Super League s'est toujours décidée tôt.
Oui, mais pas en mars. Les leaders avaient certes de l'avance, mais il y a déjà eu des années où 13 points n'ont pas suffi.

Lors de votre présentation, vous avez dit que David Degen aurait trois heures par semaine pour discuter avec vous. Avez-vous déjà pris ce temps d'échange avec lui?
Nous nous parlons beaucoup par téléphone, mais comme avec d'autres cadres du club. David et moi, nous avons tous les deux bientôt 43 et 40 ans. On est assez âgés pour séparer la vie privée de la vie professionnelle. Quand je parle avec mon ami Remo Meyer, le directeur sportif du FC Lucerne, je lui demande d'abord si c'est un appel professionnel ou privé. Et au FCB, c'est comme ça: David Degen est propriétaire du club et il est mon chef. En privé, la base est cordiale, au top. La base professionnelle est très exigeante, critique et parfois nous sommes en complet désaccord. Mais je n'ai pas encore vécu un seul moment où le ton est monté. Nous avons toujours trouvé des compromis.

Lorsque vous étiez encore ensemble sur le terrain, vous étiez un des leaders de l'équipe alors que Degen était un plutôt un joker. Maintenant, les rôles ont changé.
J'aimerais insister sur un point: la version de moi en tant que joueur et la version de moi en tant qu'entraîneur sont séparées par cent mille planètes.

Les deux hommes avec le survêtement de l'équipe nationale.
Les deux hommes avec le survêtement de l'équipe nationale.

C'est dommage, vous étiez un collectionneur de trophées. Ce serait bien de l'être aussi en tant qu'entraîneur.
Mais je ne me soucie pas de savoir si j'étais leader ou pas sur le terrain. J'ai maintenant un travail à faire et notre mission à tous au sein du club est d'obtenir un maximum de succès, quoi que cela signifie. Développer des joueurs et, si possible, intégrer l'un ou l'autre de la relève dans la première équipe. C'est sur la base de ce travail que mon staff et moi-même seront jugés.

Adaptation en français: Julien Caloz

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