Marlen Reusser a «reçu des messages incroyablement pervers»
A cinq kilomètres de l’arrivée, le rythme s’accélère. Coude contre coude, les coureuses se frayent un chemin vers l’avant, un sprint massif se prépare. Puis la catastrophe.
«Devant moi, certaines sont tombées. Je n’avais aucune chance et j’ai chuté par-dessus d’autres», raconte Marlen Reusser. La Bernoise se souvient parfaitement de sa chute début février, lors de la deuxième étape du Tour des Emirats arabes (UAE Tour).
Casque éclaté, cadre brisé: la Suissesse de 34 ans a subi des blessures à la main et à l’épaule, ainsi qu’une importante plaie au genou gauche. «J’avais mal partout», se rappelle la championne du monde en titre du contre-la-montre. Lors des examens à l’hôpital, elle aurait même éprouvé une «grande joie» en se rendant compte qu'elle allait survivre.
Debora Silvestri a eu moins de chance. L’Italienne a lourdement chuté fin mars lors de Milan-Sanremo. Bilan? Cinq côtes cassées, ainsi que l’épaule. Les réactions pleines de mépris de certains internautes – le plus souvent anonymes – ont aussi dû être douloureuses pour la malheureuse cycliste. Florilège (on met de côté les commentaires les plus vulgaires):
La terrible chute de Debora Silvestri (en rose, à la fin de la vidéo)
Des études le montrent: les chutes de femmes sont souvent attribuées à une prétendue fragilité, tandis que chez les hommes, on invoque plutôt les circonstances de course ou la tactique.
Ces scènes déclenchent plus fréquemment des réactions sexistes lorsqu’elles concernent des femmes. Certes, la compassion est plus grande, mais elle bascule rapidement dans le paternalisme.
Milan-Sanremo en est le meilleur exemple. Lorsque Tadej Pogacar est tombé quelques heures après Debora Silvestri, sur le même parcours, sa chute a été considérée comme un simple incident de course. Et le fait qu’il ait ensuite gagné a suscité une pluie d’éloges.
Marlen Reusser a beaucoup de mal avec ce sexisme. Elle aussi a déjà entendu ce type de commentaires. Après sa victoire dans le contre-la-montre du Tour d'Italie (Giro) en juillet dernier, elle a reçu, à cause du rembourrage de son cuissard à l’entrejambe, des «réactions incroyablement perverses et honteuses», raconte-t-elle. La Bernoise se demande toujours quel genre de personnes peut écrire cela...
Un grand objectif et un stage idéal
Mais la quadruple championne d'Europe du contre-la-montre ne veut pas trop y penser. L’impatience de son retour est bien plus grande. Ce mercredi, elle prendra le départ d’«A travers la Flandre». Quatre jours plus tard, elle participera au Tour des Flandres.
Reusser n’est pas encore en pleine forme et son épaule lui pose toujours des problèmes, mais son objectif est ailleurs: la victoire sur le Tour de France en août. Avant cela, elle vise un troisième succès sur le Tour de Suisse (dès le 17 juin).
Après le Tour des Flandres, la Bernoise se rendra dans les montagnes de la Sierra Nevada en Espagne, pour un stage en altitude. Elle pourra s’y préparer dans des conditions optimales: avec plusieurs vélos, des mécaniciens, des physiothérapeutes et des véhicules d’accompagnement.
Marlen Reusser sera la seule femme à s’entraîner avec les hommes de son équipe Movistar Team, qui se préparent pour le Giro. Un environnement où seule la performance compte, et où femmes et hommes sont traités de manière égale.
Adaptation en français: Yoann Graber
