Avec la retraite de Roger Federer, la baisse de forme de Stan Wawrinka et la longue pause pour grossesse de Belinda Bencic, le tennis suisse a vécu des derniers mois compliqués. Alors cette nouvelle aura de quoi redonner la banane aux fans de la balle jaune dans notre pays, et plus particulièrement de ce côté-ci de la Sarine: la Romandie organisera à nouveau un tournoi WTA, la catégorie reine chez les femmes, un an après le clap de fin du Ladies Open Lausanne.
Cet honneur, on le doit au tournoi de Montreux, le Montreux Nestlé Open (anciennement Elle Spirit Open), qui prend ainsi dès maintenant le nom de son nouveau et prestigieux sponsor principal. Estampillé «ITF» (la deuxième division du tennis mondial) depuis ses débuts en 2017, l'événement fait sa mue dès cette année et accueillera, avec sa nouvelle étiquette «WTA 125», les meilleures joueuses de la planète du 1er au 8 septembre. «Ça faisait longtemps qu'on avait envie de franchir le pas. Alors quand l'opportunité s'est présentée, on a sauté dessus», explique le co-directeur du tournoi montreusien, Benjamin Dracos.
Des efforts qui ont porté leurs fruits. «Les très bons échos des joueuses et des sponsors nous ont conforté dans notre volonté de demander une licence à la WTA», se réjouit Benjamin Dracos. En plus de la qualité d'accueil, l'événement de la Riviera vaudoise a pour lui la beauté de son site. Difficile, en effet, de ne pas tomber sous le charme de Territet, ce quartier montreusien à l'architecture Belle Epoque, niché entre le Léman et les Préalpes, à deux pas du château de Chillon. «C'est le plus beau club où j'ai joué», s'émerveillait par exemple la Turque Çağla Büyükakçay lors d'une précédente édition.
Le Montreux Nestlé Open peut aussi compter sur une ambassadrice de choix: la numéro 1 mondiale et quadruple lauréate de Roland-Garros, Iga Swiatek. La Polonaise a triomphé à Montreux en 2018, alors qu'elle avait seulement 17 ans. Elle est revenue sur la terre battue vaudoise en été 2020 lors d'une édition de gala (le tournoi habituel n'avait pas pu avoir lieu à cause du Covid-19), qu'elle a à nouveau remportée. Quelques semaines plus tard, elle gagnait le premier de ses quatre titres à Roland-Garros.
Ce sont les joueuses, encore, qui ont convaincu la WTA de lever le dernier et seul grand obstacle à la promotion du Montreux Nestlé Open. «Plusieurs d'entre elles ont directement écrit à l'instance pour témoigner de la qualité et du confort de notre terre battue synthétique», confie Benjamin Dracos, reconnaissant. Car oui, les courts du Montreux Tennis-Club ont adopté récemment cette surface – Red Plus, de son petit nom – qui n'était pas encore homologuée par la WTA. «Un expert de la WTA est ensuite venu tester la même surface durant un tournoi au Tessin, et il l'a directement validée», rembobine le co-directeur montreusien.
Avec son compère Yannick Fattebert (ex-coach de Stan Wawrinka), ils n'ont reçu que ce printemps la validation de leur requête pour rejoindre la catégorie reine. Autrement dit: moins de six mois avant le tournoi. La réponse des deux Montreusiens ne s'est, elle, pas faite attendre. «Au départ, on se positionnait pour 2025, mais la WTA nous a dit qu'elle avait une date disponible pour nous dans le calendrier en 2024 et que si on ne la prenait pas dès cette année, elle risquait de nous filer entre les doigts».
Autant dire que le défi d'adaptation est de taille, car qui dit promotion dit logistique plus complexe. «La WTA nous impose son cahier des charges. Elle amène par exemple ses propres arbitres, juges de ligne, superviseur, médecin et physios», liste Benjamin Dracos.
Et tout ce monde, il faut pouvoir le loger. «Nos réservations d'hôtels ont explosé, on a entre 250 et 300 nuitées en plus à notre charge», témoigne le Vaudois. Mais ce n'est pas tout. «Désormais, on doit aussi avoir un fitness sur place, une salle indépendante pour les physios, une salle de presse, des petits locaux mobiles annexes et encore un éclairage amélioré sur les terrains». La capacité d'accueil des spectateurs, elle, ne sera que légèrement augmentée (les gradins du court central accueilleront au maximum 1'000 spectateurs), en tout cas cette année.
Avec cette professionnalisation, le nombre de staffs – la grande majorité sont bénévoles – va doubler. Elle entraîne aussi, bien sûr, une hausse du budget: celui-ci passe de 550'000 francs à 750'000 francs. L'augmentation du prize money pour les joueuses en est aussi une raison.
Et ce n'est pas la billetterie qui permettra de combler ces dépenses car, fait très rare, l'entrée restera gratuite pour tous. «C'est un petit budget pour un tournoi WTA 125», assure Benjamin Dracos, qui se réjouit que ses «partenaires traditionnels comme le Canton de Vaud, la Commune de Montreux et la Loterie Romande aient tout de suite accepté de revoir à la hausse leur financement».
Les organisateurs sont aussi partis à la chasse aux sponsors privés. Et ils ont donc tiré le gros lot. Benjamin Dracos a les yeux qui brillent:
Avec le soutien de la multinationale basée à Vevey, à moins de 10 kilomètres des courts de Territet, le Montreux Nestlé Open a de quoi voir l'avenir sereinement. «On ne compte pas s'arrêter là!», s'enthousiasme son co-directeur, qui a notamment quelques idées en matière d'expérience à vivre pour les spectateurs. Un autre partenaire de taille rejoint l'aventure montreusienne dès cette année: la banque Gonet, qui est également le sponsor principal du Geneva Open, tournoi masculin ATP 250 où a joué Novak Djokovic fin mai.
Leur prochain gros coup, Benjamin Dracos et ses collègues espèrent le réaliser sur l'entry list de la prochaine édition: «On rêverait de faire venir Belinda Bencic!» La championne olympique en titre, qui a donné naissance à la petite Bella le 23 avril, pourrait donc faire son retour, après un an de pause, sur la terre battue montreusienne. A quelques mètres seulement de la statue de Sissi et sur les traces d'une autre impératrice, toujours en activité, elle: Iga Swiatek.
Montreux n'attend plus que de relancer une reine du tennis ou en faire naître encore une.