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Euro 2020: ces fans suisses se sentant Italiens jusqu'au bout des ongles.

Christian Constantin (à gauche), Romaine Morard (au centre) et Mickaël Facchinetti (à droite). Image: Shutterstock

Euro 2021

Ces fans romands qui se sentent Italiens jusqu'au bout des ongles

L'Italie est l'équipe frisson de l'Euro. Une Squadra et un pays que l'on adore en Romandie. La preuve...

Jonathan Amorim
Jonathan Amorim



Romaine Morard est journaliste, Christian Constantin président de club de football et Mickaël Facchinetti footballeur professionnel. Les trois partagent une passion commune, l'Italie, un amour qui se matérialise à travers le football et la «Squadra Azzura». Ils nous expliquent pourquoi.

Des souvenirs d'enfance 👨‍👩‍👧

Cette ferveur pour l'Italie remonte souvent à loin, à l'enfance, à une période de la vie qui forge souvent de beaux souvenirs. Christian Constantin est de ceux-là: «Ma relation avec l'Italie a commencé quand j'avais environ 4 ou 5 ans. J'allais sur les chantiers de mon père et je coupais la mortadelle avec les ouvriers italiens pendant leur pause, je partageais beaucoup de moments avec eux. Je me suis tout de suite attaché à cette culture humaine du sud.»

Le President du FC Sion, Christian Constantin sort de sa voiture Ferrari en arrivant a une audience suite au litige qui oppose le club de football du FC Sion a l'UEFA, ce mercredi 1er fevrier 2012 au Tribunal Cantonal Vaudois a Lausanne. (KEYSTONE/Laurent Gillieron)

Christian Constantin roule en Ferrari.

Ce premier lien avec la botte, il arrive un peu plus tard dans la vie de Romaine Morard, productrice de «La matinale» sur la Première: «J'avais 10 ans quand je me suis passionnée pour l'Italie. J'étais fascinée par ce pays, notamment par sa musique et ses chanteurs comme Eros Ramazzotti. J'apprenais les paroles et je tentais de les traduire. C'étaient souvent des chansons d'amour, ça me plaisait beaucoup. Je me rappelle également de la chanson du Mondial 1990, «Un estate italiana». J'achetais même des dictionnaires pour apprendre cette langue qui me rend heureuse rien qu'en l'écoutant. Quand j'entends quelqu'un parler italien, je souris, c'est plus fort que moi, c'est ancré en moi.»

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Romaine Morard est amoureuse de l'Italie depuis toute petite. Keystone

Pour Mickaël Facchinetti, aujourd'hui footballeur à Lugano, c'est forcément un peu différent. Petit-fils de Gilbert Facchinetti, il grandit dans un environnement très proche de l'Italie, la patrie d'origine de son grand-père: «Ma famille est d'origine italienne, forcément j'ai toujours été bercé par ces deux cultures comme des milliers de personnes en Suisse. La communauté italienne est énorme ici. Je pense que c'est ce qui fait que la relation entre les deux pays est aussi fusionnelle.»

Lugano's player Mickael Facchinetti during the Super League soccer match FC Lugano against FC Vaduz, at the Cornaredo stadium in Lugano, Wednesday, February 03, 2021. (KEYSTONE/Ti-Press/Samuel Golay)

«Facchi», comme beaucoup de joueurs de football, a été inspiré par l'Italie et ses joueurs de grande classe. Image: KEYSTONE/TI-PRESS

La communauté italienne 🇮🇹

«On doit beaucoup aux Italiens. Ils ont bâti la Suisse moderne. Depuis tout petit, sur les chantiers de mon père, j'ai toujours apprécié ces mecs, des travailleurs humbles et fiers.» Christian Constantin n'a jamais caché son amour pour l'Italie, lui qui roule en Ferrari et en Lamborghini.

Son canton, dont il est si fier, est géographiquement et historiquement attaché au voisin du sud, comme il le souligne: «Il ne faut pas oublier qu'à la base, on faisait partie du Royaume de Savoie dont la capitale était Turin. En Valais, nos patois sont également très similaires à ceux pratiqués dans le Val d'Aoste. On est lié à l'Italie en Valais depuis très longtemps. Mais attention, tout n'a pas été aussi simple. Dans les années 60, il y avait une sorte de chasse à l'Italien en Suisse par certains partis politiques. Notre rapport avec les Italiens est vraiment particulier et profond.»

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La communauté italienne de Suisse, ici à Zurich, répond toujours présente pour supporter l'équipe nationale.

Romaine Morard partage également cette analyse, elle qui a grandi dans une autre région du Valais, où la communauté italienne est très présente: «Au collège, j'étais entourée de «segundos», d'amis d'origine italienne. Tout comme à l'Uni à Genève d'ailleurs. Ces amitiés ont approfondi mon lien avec ce pays.»

Mickaël aurait pu être l'un de ces binationaux, même si dans son cas, on parle déjà de la troisième, voire de la quatrième génération établie dans notre pays: «Tout le monde, ou presque, en Italie, a un proche en Suisse. Il y a beaucoup de respect entre nos deux pays, et c'est certainement lié à ce phénomène social important qu'a été l'émigration italienne en Suisse. C'est aussi ce qui différencie cette relation à celle que nous avons avec la France. Les Français nous respectent moins, la preuve encore la semaine dernière avec les propos lunaires de Raymond Domenech. Tout cela concorde à rendre notre voisinage avec la France assez vite conflictuel et toxique.»

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La communauté italienne de Lucerne célébrant le titre de champion du monde en 2006 keystone

Un avis très clairement partagé par le président du FC Sion:

«L'Italie, c'est un pays frère. La France, c'est différent. Ils nous respectent moins»

Christian Constantin

La cultura italiana 🍝

Ses plages, sa nourriture, sa joie de vivre, sa musique, ses voitures... Sans entrer dans la caricature, l'Italie a quelque chose de fantasmagorique. Ce pays inspire depuis des siècles les écrivains et cinéastes. Il devient même difficile de ne pas apprécier cette contrée qui nous a tant offert sur le plan de l'art, de la musique, du sport ou de l'humanité tout court, ne serait-ce qu'avec sa joie de vivre caractéristique. «La Felicita», de Al Bano, Romaine Morard la retrouve à chaque fois qu'elle traverse la frontière :

«Quand j'arrive en Italie, je suis heureuse, je suis bien tout simplement. Quand je prends mon premier café italiano, j'ai ce sentiment de bonheur qui m'envahit, c'est difficilement explicable. Mon histoire avec ce pays est si profonde: il y a mon enfance, mes vacances dans toutes les régions d'Italie, mais également mes expériences au Palais fédéral aux côtés de politiciens tessinois ou mes reportages sur le côté sombre de l'Italie (la corruption, le dysfonctionnement continuel, le conflit nord-sud etc.). Ce pays vit à cent à l'heure dans tous les sens du terme et toutes ses particularités nourrissent mon amour et ma connaissance.»

Christian Constantin entretient lui aussi, de par ses fonctions, une collaboration très forte avec l'Italie:

«On a grandi devant les matchs de Serie A. En Valais, de par notre proximité immédiate avec Turin et Milan, on allait souvent voir les matchs au stade. On vibrait au rythme des exploits des clubs italiens et de la culture foot qui nous venait d'Italie. Alors forcément, quand j'ai repris le FC Sion, je me suis rapidement tourné vers ce pays. Je crois par ailleurs avoir été le seul entraineur à avoir remporté le championnat suisse et italien (Alberto Bigon).»

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Alberto Bigon est l'un des nombreux Italiens à avoir été engagé par CC. keystone

Pour Mickaël Facchinetti, qui a fait du football son métier, la culture de son pays d'origine et sa forte passion pour le calcio l'ont fortement poussé vers cette orientation professionnelle. Et de citer une anecdote:

«Mon grand-père, de par ses fonctions au sein de l'UEFA, était proche de la fédération italienne. En 2001, à 10 ans, je me suis retrouvé à un rassemblement de l'équipe nationale. J'ai échangé quelques passes avec mon idole de jeunesse, Francesco Totti, c'était incroyable pour moi, le gamin d'origine italienne et passionné de football. Quelques années plus tard, au Chievo, on a joué contre Totti et j'ai échangé mon maillot avec lui, toujours avec cette même admiration.»

L'ancien joueur du Chievo affirme que pour lui, comme pour de nombreux footballeurs, l'Italie a toujours été une source d'inspiration. Elle possède des références à tous les postes: «De Buffon à Baggio en passant par Pirlo, ou Del Piero, on a tous été inspirés par un joueur italien, mais également par la culture du calcio, ses stades, ses succès, ses supporters.»

La Squadra Azzura de 2021 ⚽

Si l'équipe d'Italie de 2006 était remplie de «fuoriclasse», ces joueurs de classe internationale comme Cannavaro, Nesta, Del Piero, Totti ou encore Gattuso, celle de 2021 se distingue davantage par son collectif.

Pour Christian Constantin, cette équipe a retrouvé les valeurs d'antan: «Roberto Mancini est revenu aux bases, aux valeurs de l'Italie: le travail et la fierté. Il a construit un groupe solide avec des joueurs issus de clubs comme l'Atalanta ou Sassuolo, qui n'étaient pas forcément représentés il y a quelques années. Mais attention, l'équipe de 2006 était également très solide collectivement. Elle partageait les mêmes valeurs que cette année, une humilité mêlée à une volonté de travailler et de rendre fière la patrie.»

Analyse similaire du côté de Mickaël Facchinetti. Et le latéral de Lugano est plutôt bien renseigné puisqu'il compte, en la personne de Francesco Acerbi, un ami proche dans le vestiaire de la «Nazionale».

«Le groupe vit bien, à l'italienne. Tout le monde est au service du collectif. On forme un groupe très soudé»

Francesco Acerbi à Mickaël Facchinetti

Romaine Morard est une excellente journaliste mais elle le dit elle-même, le football, elle n'y connait pas grand-chose. Toutefois, pas besoin d'être une experte pour apprécier cette équipe d'Italie: «J'adore la voir jouer. Elle donne l'impression de tout donner sur le terrain. En plus, elle revient de loin avec son absence de la Coupe du Monde 2018. Pour moi, il manque juste Gianluigi Buffon (rires).»

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Lorenzo Insigne, 163cm de pur football keystone

L'Italie ira-t-elle au bout ? 🏆

Alors oui, cette équipe est plaisante à regarder et elle dispute au Danemark la hype de l'été à l'Euro. Mais a-t-elle les ressources pour remporter la compétition? Tous sont confiants.

Romaine Morard, la romanesque

«Encore une fois, je ne suis pas du tout une spécialiste de football mais je vois bien l'Italie aller au bout. Après tout ce que le pays a vécu avec le Covid l'année dernière, l'histoire serait vraiment belle. J'ai des amis, notamment à Venise, qui ont tout perdu avec cette crise terrible. Ils méritent clairement le bonheur que peut procurer une victoire dans un grand tournoi international.»

Christian Constantin, le visionnaire

«Depuis le début, je voyais une finale Italie-Angleterre. Je vais rester sur ce prono. Il faudra se méfier de cette équipe d'Espagne qui est vraiment difficile à jouer. Par contre, si tu compares comment l'équipe de Suisse a souffert contre l'Italie et comment elle a maitrisé l'Espagne, tu te dis que cette équipe d'Italie peut gagner. La blessure de Spinazzola est juste un sacré coup dur pour Roberto Mancini.»

Mickaël Facchinetti, le bien-informé

«J'avais misé sur l'Italie et la France comme favoris de la compétition. Attention tout de même à cette Espagne qui monte en puissance. Je garde une confiance aveugle en l'Italie, mon ami Francesco Acerbi me rassure, il y a vraiment selon lui un esprit spécial dans ce groupe.»

Quelle que soit l'issue finale de l'Euro, l'Italie a déjà reconquis le coeur de ses «tifosis», au pays comme en Romandie. Une histoire d'amour meurtrie en 2018 mais toujours vivante et passionnante, comme le chantait Eros Ramazzoti: «Ci vuole passione con te, non deve mancare mai» (Il faut de la passion avec vous, elle ne doit jamais faire défaut).

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Passione, lavoro, orgoglio (passion, travail, fierté) keystone

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