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Widmer: «J'ai longtemps été relégué au second plan en équipe nationale»

epa10324639 Silvan Widmer of Switzerland applauds fans after winning the FIFA World Cup 2022 group G soccer match between Switzerland and Cameroon at Al Janoub Stadium in Al Wakrah, Qatar, 24 November ...
Image: EPA

«J'ai longtemps été relégué au second plan en équipe nationale»

De retour au jeu, samedi soir contre la Biélorussie (5-0), Silvan Widmer savoure sa revanche sur toutes ses années de galère dans l'ombre des grands rendez-vous internationaux.
26.03.2023, 08:0526.03.2023, 11:17
Etienne Wuillemin, Mainz

Pour rencontrer Silvan Widmer, il faut prendre le train en direction de Mayence et pousser la porte du café «Wilma Wunder», situé juste devant la cathédrale. C'est donc ce qu'on a fait début mars. Le footballeur suisse nous a accueillis pour un long entretien, au cours duquel il est revenu sur son parcours pas toujours simple et son forfait lors du huitième de finale du Mondial au Qatar.

Silvan Widmer, que pensez-vous de la décision de l'UEFA d'avoir organisé le match contre la Biélorussie en Serbie?Je ne souhaite pas commenter cette décision.

Ce match a marqué votre retour en équipe nationale (réd: Silvan Widmer a disputé l'intégralité de la partie), trois mois après votre forfait pour le huitième de finale face au Portugal parce que vous étiez malade. Quand avez-vous ressenti les premiers symptômes au Qatar?
Le matin de la veille du match. Je me suis réveillé et je ne me sentais pas bien du tout. J'avais des maux de tête, des maux de gorge, je me sentais faible. Puis est arrivé l'entraînement final, j'ai essayé d'y participer. Mais ça n'allait pas du tout. Je n'avais pas d'énergie, rien. Nous avons alors décidé de m'isoler le reste de la journée et de me laisser seul dans ma chambre. Mais cela n'a fait qu'empirer et j'ai même eu de la fièvre.

Widmer avec notre journaliste.
Widmer avec notre journaliste.Image: René Vigneron

Comment avez-vous vécu ce forfait?
Je me suis senti mal, physiquement et mentalement. C'était l'un des jours les plus tristes de ma carrière.

Avez-vous eu la force de regarder le match à la télévision?
Oui, et c'était triste à regarder. Je me suis senti encore plus mal en voyant le déroulement des choses.

On a beaucoup parlé de vous avant ce huitième de finale car Murat Yakin n'avait pas nommé de remplaçant dans le couloir droit. Comment avez-vous vécu ces discussions?
Comme j'étais malade, je ne m'en suis pas vraiment rendu compte au début. Il est clair qu'après une telle défaite, les protagonistes et les médias analysent et remettent en question. C'est normal, mais à un moment donné, cela suffit. La Coupe du monde s'est terminée il y a trois mois, c'est une longue période dans le football.

Place donc aux qualifications pour l'Euro. Vos adversaires sont la Biélorussie, Israël, la Roumanie, le Kosovo et Andorre. Il faut dix victoires, n'est-ce pas?
Non, je ne dirais pas cela de manière aussi définitive. Nous devons simplement nous qualifier pour l'Euro.

On peut quand même s'attendre à ce que vous terminiez parmi les deux premiers du groupe afin de vous qualifier directement.
Oui, c'est vrai. Et si nous y parvenons, je serai heureux.

Vous vous êtes imposé comme le numéro 1 sur le côté droit, comment en êtes-vous arrivé là?
J'ai longtemps été relégué au second plan en équipe nationale (réd: il a 30 ans et 38 sélections). Jusqu'à mes 27 ans, je n'ai pu disputer que quelques matches, même si j'étais souvent présent... J'ai dû surmonter quelques phases difficiles. Mais ensuite, j'ai eu ma chance contre de grands adversaires.

L'international suisse dans les rues de Mayence.
L'international suisse dans les rues de Mayence.Image: René Vigneron

Vous avez même marqué des buts, comme contre l'Allemagne ou lors du match de qualification pour la Coupe du monde en Italie. Et le fait que Murat Yakin ait une préférence pour les joueurs tactiquement intelligents vous a encore aidé.
On peut le dire ainsi. Je profite certainement du fait que j'ai joué pendant des années en Italie, à l'Udinese. Là-bas, on accorde beaucoup d'importance à la formation tactique. J'ai pu en tirer beaucoup de choses.

Avez-vous été transféré de l'Udinese à Bâle en 2018 dans le but de donner un nouvel élan à votre carrière?
Clairement. C'est ce que je pensais à l'époque. Après cinq ans en Italie, j'avais besoin de quelque chose de nouveau. Bâle représentait un défi. Et même si nous n'avons pas atteint tous nos objectifs en tant qu'équipe, cela a effectivement été un nouveau départ pour moi, puisque j'ai ensuite pu m'imposer à nouveau à l'étranger et en équipe nationale.

Vous avez été transféré à Mayence en été 2021, où vous êtes devenu capitaine un an plus tard. Y a-t-il un plus bel éloge?
Je suis en effet très fier de cela. Je m'identifie beaucoup au club.

Il y a déjà un saint à Mayence, c'est Jürgen Klopp. Ressentez-vous encore sa présence dans la ville?
Non, mais peut-être est-ce différent pour Silke? (Il regarde la responsable des médias)

Silke Bannick: Vous ne trouverez pas un habitant de Mayence qui ne se sente pas immédiatement lié à Jürgen Klopp d'une manière ou d'une autre. Il est le fils de la ville, il a toujours une maison ici. Mais lorsqu'il y retourne et qu'il boit un café, les gens le laissent tranquille.

Mainz' coach Jueregn Klopp raises a giant beer glass as he celebrates after the German first soccer division match between FSV Mainz 05 and Bayern Munich in the Bruchweg stadium in Mainz, central ...
Le 7 mai 2005, Klopp avait fêté le maintien de Mayence avec une gigantesque bière. Image: AP

Widmer: C'est un peu comme Roger Federer en Suisse. Lui aussi peut boire son espresso en paix.

Bannick: C'est peut-être aussi dû au fait que c'était une époque assez différente quand Klopp était un joueur professionnel ici (réd: il a disputé 340 parties avec le club avant de devenir son entraîneur). Nous n'étions pas encore en Bundesliga, et le football en général a fait un bond en avant en termes de professionnalisation. A l'époque, il y avait par exemple encore des matchs d'entraînement «fumeurs» contre «non-fumeurs».

Combien de fumeurs y a-t-il encore aujourd'hui dans l'équipe?
Widmer: Aucun, à ma connaissance (rires). Ce ne serait plus possible. Il y a 20 ans, être «footballeur professionnel» était simple: tu t'entraînais deux heures par jour, et le reste du temps tu pouvais manger, boire et faire ce que tu voulais. Aujourd'hui, le sport professionnel fonctionne quasiment 24/24h et 7/7j et ce presque toute l'année.

Vous avez eu 30 ans il y a quelques jours - que peut-on vous souhaiter footballistiquement parlant?
Mon grand objectif est bien sûr l'Euro en Allemagne l'an prochain. A Mayence, j'aimerais bien donner encore un peu de joie aux fans. J'aimerais aussi que notre stade soit régulièrement plein, quand il n'y a pas de match contre le Bayern ou Francfort.

A quoi ressemble votre quotidien à Mayence?
Il est bien rempli! Ma fille aînée va au jardin d'enfants, la petite fait ses premiers pas à la crèche. Pendant ce temps, ma femme Céline a récemment monté son propre business qui l'occupe beaucoup, une boutique de bijoux en ligne. Céline a toujours eu l'œil pour le beau et l'élégant. L'idée est née il y a un an, la boutique est en ligne depuis décembre.

Le couple en janvier.
Le couple en janvier.Image: Instagram

On a remarqué que ces derniers temps, vous essayiez vous aussi de faire votre propre publicité. Avez-vous découvert quelque chose de nouveau?
L'auto-promotion n'a jamais été ce que je préfère. Il se pourrait bien dès lors que j'aie encore une marge de progression! C'est pourquoi j'essaie désormais de montrer un peu plus de ma personne, des petites choses sur moi en dehors du terrain.

Avez-vous un exemple?
Dernièrement, j'ai par exemple fait un shooting qui montre des impressions de ma vie en dehors du football.

«Les gens ont pu se rendre compte que j'aime beaucoup cuisiner et que je suis un amateur absolu d'espresso»
Image
Image: rené vigneron

Devez-vous vous forcer à être plus visible, par exemple sur les médias sociaux?
Ça n'a jamais été mon genre, puisque j'ai un caractère plutôt réservé. Mais je remarque que je suis devenu plus ouvert. Cela vient sans doute avec l'âge.

Une dernière question: à l'Udinese, vous avez été victime d'une fracture du crâne début 2017. Est-elle complètement guérie, ou en ressentez-vous encore des effets?
Ce n'était pas une fracture du crâne, mais «seulement» une fracture du front, la première couche osseuse du crâne en quelque sorte. L'intérieur a été épargné et heureusement. Mais ce n'est pas à sous-estimer. Cela aurait pu être très dangereux. Si j'avais reçu un coup supplémentaire ou si j'avais fait un coup de tête, cela aurait pu mal tourner. J'ai quand même fini la partie, ça n'a duré que deux ou trois minutes, mais quand même. Pour revenir à la question: dans la vie de tous les jours, je ne ressens plus rien, sauf si je suis enrhumé.

Vous avez alors des douleurs aux sinus?
Exactement. C'est peut-être aussi dû à la plaque que j'ai maintenant à l'intérieur. La place est un peu limitée chez moi.

Cette plaque restera pour toujours?
Oui, mais là encore, elle ne me dérange pas. Ni dans la vie de tous les jours, ni quand je joue au football.

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