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Le trophée de la Coupe de Suisse ici en 2017, avec le conseiller fédéral Guy Parmelin (à gauche) et l'ancien président de l'Association suisse de football, Peter Gillieron.
Le trophée de la Coupe de Suisse ici en 2017, avec le conseiller fédéral Guy Parmelin (à gauche) et l'ancien président de l'Association suisse de football, Peter Gillieron. image: keystone

La Coupe de Suisse de football en est-elle vraiment une?

Cette semaine, la Coupe de Suisse reprend ses droits avec les huitièmes de finale. Cette compétition, organisée par l'Association Suisse de Football (ASF) et non par la Swiss Football League, reste toutefois réservée à une très petite minorité de joueurs dans notre pays. Tout le contraire de la France. Faudrait-il revoir le format?
26.10.2021, 07:3126.10.2021, 15:20
Jonathan Amorim
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Les huitièmes de finale de la Coupe de Suisse débutent ce mardi soir. Au programme, il y a notamment un alléchant Yverdon-Zurich et un périlleux déplacement pour Lausanne du côté d'Aarau.

Dans une saison normale – comprenez sans Covid-19 – les clubs de Super League et Challenge League sont directement qualifiés pour les 32e de finale (à l'exception du FC Vaduz, qui dispute la Coupe du Liechtenstein). A ces 19 équipes s'ajoutent 44 autres issues de première ligue, de deuxième ligue interrégionale et les vainqueurs des coupes cantonales.

Ces formations de première ligue et de deuxième ligue interrégionale doivent passer par des tours qualificatifs lors de la... saison précédente.

Le dernier ticket est attribué à l'équipe désignée la plus fair-play de tout le pays, peu importe son niveau.

Au final, 64 clubs prennent part à ce premier tour. Soit seulement 4,5% de tous les clubs répertoriés en Suisse (1419), si l'on se réfère aux chiffres officiels du département des sports et loisirs de la Confédération (OFSPO).

Environ 5% des clubs suisses participent au premier tour de la Coupe

En comparaison, chez notre voisin, plus de 7000 clubs prennent chaque année part à la Coupe de France. Tour après tour, les clubs de chaque division, depuis le bas, entrent en lice. Véritable fête nationale, cette compétition réunit également les formations d'outre-mer.

Même Saint-Pierre-et-Miquelon, une petite île française de 7000 habitants au large du Canada, envoie chaque année un représentant au troisième tour. Cette année, le club de l'AS Saint-Pierraise a effectué plus de 4000km pour défier l'USSA Vertou (N3, cinquième division) en région Pays de la Loire. Une expérience humaine mémorable racontée dans cette vidéo:

Le système suisse est-il le bon?

Pour savoir si le système actuel de la Coupe de Suisse est approprié, on a tout simplement posé la question aux principaux intéressés: les joueurs. Et leurs avis sont particulièrement divergents.

Noah Saillen, ancien joueur de deuxième ligue interrégionale au FC Saint-Maurice et actuellement entraîneur d'une équipe en quatrième ligue valaisanne, ne comprend pas les modalités actuelles. Il pointe du doigt le système de qualification:

«Quand je jouais en deuxième ligue inter, on prenait ces matchs de qualifications en Coupe comme des matchs amicaux. En plus, le premier tour arrive l'été alors qu'il y a toujours des absents à cette période. En quatrième ligue, le tournoi actuel nous écarte totalement. La Coupe aurait beaucoup plus de charme en intégrant tout le monde»

Du côté des professionnels, le constat n'est pas forcément le même. Le défenseur d'YB, Quentin Maceiras, pense notamment que le calendrier pourrait poser problème:

«Le système actuel me convient parce qu'il permet de faire participer des clubs amateurs sans trop surcharger le calendrier non plus. A YB par exemple, on a déjà le championnat et la Coupe d'Europe. Ajouter des équipes en Coupe, ce serait également ajouter des matchs. Par contre, je peux comprendre la frustration des petits clubs qui ne participent pas au tournoi»
Quentin Maceiras, défenseur de Young Boys
Quentin Maceiras (troisième depuis la gauche) et ses coéquipiers de YB fêtant leur qualif' en Ligue des champions cette année.
Quentin Maceiras (troisième depuis la gauche) et ses coéquipiers de YB fêtant leur qualif' en Ligue des champions cette année.Image: KEYSTONE

Son ancien coéquipier au FC Sion, Kevin Fickentscher, en bon Helvète, pense toutefois qu'il est possible de trouver un compromis entre le système actuel suisse et celui appliqué en France:

«Trop peu de clubs participent à la Coupe. C'est vraiment compliqué pour eux d'avoir la chance de jouer contre une grosse équipe. Je suis plus partisan du système français qui permet à tout le monde de participer. Est-ce que c'est faisable avec les calendriers? Peut-être que l'on pourrait envisager une solution très suisse, en coupant la poire en deux et en créant un tournoi entre notre système actuel et celui de la France.»

Kevin Fickentscher en action lors du premier tour de Coupe de Suisse cette année, remporté par les Sédunois à Bubendorf (BL).
Kevin Fickentscher en action lors du premier tour de Coupe de Suisse cette année, remporté par les Sédunois à Bubendorf (BL). IMAGE: KEYSTONE

Pour Baptiste Dheur, défenseur du FC Aigle (VD) et passé par le football belge, son pays d'origine, la Coupe de Suisse représente un «manque dans sa carrière». Il ne s'étonne toutefois pas du système de qualification parce qu'il est similaire à celui qu'il a connu en Belgique. Son gardien et coéquipier à Aigle, Alexandre Bonal, formé à Evian et passé par le football espagnol, relève que la Coupe représente une belle vitrine pour ces joueurs, à cheval entre le monde pro et le monde amateur:

«La Coupe pourrait nous permettre de nous mettre en avant. C'est une belle vitrine, tu peux jouer et taper dans l'œil d'un club plus huppé rapidement, même un club de première ligue ou de Promotion League. La Coupe vaudoise m'intéresse clairement moins, car tu joues contre les mêmes équipes qu'en championnat, il y a moins de saveurs et elle ne te permet pas de découvrir quelque chose de nouveau au niveau humain»

Si le gardien du FC Aigle termine en mettant en avant l'humain, c'est qu'il a connu une expérience particulière en Espagne:

«J'ai joué un match de Coupe du Roi, on s'est tapé 700km de route pour jouer à la frontière du Portugal. On a pris 3-0 dans les dents, mais au tour suivant, notre adversaire a joué Barcelone! On en reparle souvent avec mes anciens coéquipiers»
Alexandre Bonal, gardien du FC Aigle
L'actuel portier du FC Aigle, Alexandre Bonal, ici sous le maillot du Montreux-Sports (VD).
L'actuel portier du FC Aigle, Alexandre Bonal, ici sous le maillot du Montreux-Sports (VD). image: keystone

Avant Aigle et l'Espagne, Alexandre Bonal a connu la France et la Coupe Gambardella avec son club formateur d'Evian. Un tournoi juniors M19 qui accueille la totalité des clubs de l'Hexagone. «En France, la Coupe, c'est vraiment magique, c'est le tournoi le plus populaire. J'en garde mes meilleurs souvenirs avec des matchs dans tout le pays. C'est dommage que cette culture de la Coupe ne soit pas présente ici en Suisse», conclut le portier chablaisien.

Au rayon des belles histoires en Coupe, on peut ajouter celle de Logan Clément. Le jeune Genevois, récemment transféré au FC Saint-Gall, avait tapé dans l'œil des Brodeurs quand il les a affrontés au premier tour en septembre dernier avec Chênois (première ligue).

Très peu de surprises

Si la France a régulièrement vu des petites équipes atteindre la finale de la Coupe (on pense notamment à Vendée Les Herbiers en 2018, à l'US Quevilly en 2012 ou à Calais en 2000), le phénomène des «surprises de Coupe» reste plutôt rare en Suisse.

Récemment, on peut citer le parcours de Béroche-Gorgier (deuxième ligue régionale) en 2019 qui avait écarté deux équipes de ligues supérieures avant de tomber en huitièmes de finale ou à celui d'Echallens (première ligue) en 2017 qui avait éliminé coup sur coup Aarau et Xamax.

Des belles histoires qui restent toutefois l'exception et non la règle. Pour Quentin Maceiras, l'importance de la Coupe en Suisse est l'une des raisons pouvant expliquer cette absence de surprises:

«En France ou ailleurs, peut-être que les clubs ne jouent pas à fond la compétition. Avec plusieurs tours de Coupe supplémentaires (plus la Coupe de la Ligue) en comparaison à nous, les entraîneurs font peut-être plus tourner leurs effectifs. En Suisse, la Coupe reste une compétition très importante que tout le monde veut remporter. Notre calendrier plus léger permet peut-être de plus se concentrer sur cette compétition qu'ailleurs»

Pour Kevin Fickentscher, c'est également le niveau anormalement haut du football semi-professionnel en France qui explique cette différence:

«En France, les clubs de National sont remplis d'anciens pros ou de jeunes talents qui sortent des centres de formation. Le nombre de joueurs est plus élevé qu'en Suisse, c'est incomparable»
Kevin Fickentscher, gardien du FC Sion

Pour les joueurs du FC Aigle, Baptiste Dheur et Alexandre Bonal, le problème pourrait également être culturel:

  • Baptiste Dheur: «En Suisse, j'ai l'impression que l'on respecte beaucoup l'adversaire, particulièrement lorsque l'on rencontre des équipes de ligues supérieures. En Belgique ou en France, les pros vont plus se faire rentrer dedans».
  • Alexandre Bonal: «Le foot, en France et en Espagne, a une place beaucoup plus importante dans la société qu'ici en Suisse. Même dans les petits clubs, tu as du monde au stade et les joueurs vivent pour le football. Forcément quand tu as l'occasion de jouer une D1 ou une D2, tu vas tout mettre en œuvre pour te faire remarquer et pour percer».

En attendant une potentielle révolution du tournoi, les «petits poucets» cette année se nomment Bienne, Carouge et Chiasso, tous pensionnaires de Promotion League et encore en lice.

Le programme complet des huitièmes de finale de Coupe de Suisse

- Aarau - Lausanne-Sport (mardi 19h00)
- Bienne - Stade Lausanne-Ouchy (mardi 20h00)
- Yverdon Sport - FC Zurich (mardi 20h15)
- Etoile Carouge - FC Bâle (mercredi 19h00)
- FC Lugano - YB (mercredi 19h00)
- Chiasso - FC Saint-Gall (mercredi 19h30)
- FC Thoune - Servette (mercredi 20h00)
- FC Schaffhouse - FC Lucerne (mercredi 20h15)
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Champignons fous

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Champignons fous
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Les ex-sportifs font de très bons politiciens (de droite) et c'est logique
Avant que Samuel Eto'o ne devienne candidat à la Fédération africaine de football, beaucoup d'anciens athlètes ont embrassé une carrière politique (surtout au PLR 😜), où ils ont capitalisé sur leur esprit de compétition et leur résistance au stress. Quatre d'entre eux témoignent de deux mondes qui se ressemblent, pour le meilleur et pour le pire.

Quand on leur demande si un bon sportif fait forcément un bon politicien, ils répondent un peu gênés que ce n'est pas toujours le cas, qu'il n'y a pas de règle universelle en la matière, mais tous conviennent aussi que leur expérience de champion leur a donné des outils précieux pour la chose politique. «Abnégation, goût de l'effort, esprit de compétition, acceptation des règles et de la défaite», dresse Philippe Leuba, conseiller d'Etat et ex-arbitre de football, avant d'ajouter, non sans malice: «Et la plus grande compétence de toutes: la capacité à surmonter les critiques des médias!».

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