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Coupe du monde de football: Comment Arsène Wenger nous a convaincus

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Comment Arsène Wenger nous a convaincus que son idée était juste

Au premier abord, son projet de Coupe du monde tous les deux ans apparaît vénal et insensé, motivé par des intérêts égoïstes. Mais expliqué en détail, il prend un autre sens. Décryptage.
14.10.2021, 17:5615.10.2021, 16:41

Historiquement, le football a toujours cherché à conquérir de nouveaux territoires, ou plus vulgairement, de nouveaux marchés. Il n'y a rien d'étonnant à ce que la Fédération internationale de football association (Fifa) préfère organiser une Coupe du monde tous les deux ans (au lieu de quatre), avec la perspective d'augmenter ses profits et son exposition dans des proportions équivalentes. Ce raisonnement est valable pour une compétition de football comme pour n'importe quel salon agricole ou vente paroissiale. Mais devons-nous pour autant y adhérer?

La Fifa milite et a trouvé son prosélyte: l'idée est portée en son sein par le vénérable Arsène Wenger, 70 ans, propulsé à la tête du «Développement du football mondial». Petite surprise: quand il dirigeait Arsenal (22 ans de règne), l'entraîneur alsacien était le premier à stigmatiser les équipes nationales, notamment leurs doléances envers des joueurs qu'elles ne paient pas et dont elles exigent un investissement total, quel que soit leur état physique.

Surprise, dès lors, de le voir défendre l'intérêt supérieur des nations. Surprise, aussi, de le voir ajouter quatre semaines de compétition dans un calendrier saturé, alors que plusieurs techniciens (dont il était) mettent en garde contre le surmenage des joueurs.

Or l'idée générale de Wenger est bien plus large et généreuse qu'il n'y parait. Exposée aux journées de l'arbitrage La Poste (🤔), elle révèle une volonté mûrement réfléchie de, non pas défendre des privilèges, mais de changer l'arborescence du football international, toute l'arborescence, pour la rendre plus claire et fonctionnelle.

Deux saisons bien distinctes, une pour les clubs, une pour les nations

C'est sans aucun doute le volet le plus intéressant de la réforme: regrouper tous les matchs de qualification en fin de saison. Trois conséquences:

  • Les championnats ne seraient plus interrompus à tout bout de champ par des trêves internationales.
  • Il existerait une séparation très nette entre la saison des clubs et celle des équipes nationales, avec l'avantage de la continuité dans le travail et le storytelling.
  • Fin des tiraillements entre les fédérations et les clubs au sujet de la disponibilité (ou du droit de disposer) des joueurs.

L'argumentation d'Arsène Wenger

«Le football de club, c'est 80 % du temps de jeu. Le football de sélection, 20 %. Dans le calendrier que je propose, cet équilibre est respecté. Il est d'ailleurs avantageux pour les clubs, car ils garderont leurs joueurs toute la saison»

Surprise: le nombre de matchs diminue

La refonte d'Arsène Wenger propose six matchs de qualification (au lieu de dix actuellement), plus un éventuel barrage (comme actuellement) sur la seule et même période de juin-juillet. Cette proposition tombe à pic: avec une Coupe du monde élargie à 32 équipes et un Euro à 24 participants, les qualifications ont perdu de leur sens, à tout le moins de leur suspens. Il est cohérent de leur accorder moins de place.

Autre effet positif:

«Garder de la simplicité et de la clarté. On saurait mieux quelle compétition se joue»
Arsène Wenger

Démonstration parfaite en ce mois d'octobre où, tandis que quatre équipes disputaient la Ligue des nations européennes, les autres tentaient de se qualifier pour une compétition prévue en décembre 2022 (la Coupe du monde au Qatar), avant laquelle ils seront en pleine campagne pour l'Euro 2024!

Plus simple, plus rationnel, plus écolo

Arsène Wenger cite l'exemple du Paris Saint-Germain (PSG), probablement le plus extrême: pour la deuxième fois depuis la reprise du championnat, l'équipe parisienne sera privée samedi de toutes ses stars nord-américaines, rentrées trop tard (ou jet-laguées) de leur séjour en sélection.

«Ce n'est pas tenable à la longue qu'un club ne puisse pas utiliser des joueurs qu'il paie aussi cher»
Arsène Wenger

Il y aurait un temps pour tout: un temps pour les clubs, un autre pour les équipes nationales. Sans allées et venues incessantes entre les deux.

Le plaidoyer d'Arsène Wenger

«Un joueur comme Lionel Messi, évoluant en Amérique du Sud, va parcourir 330 000 kilomètres en avion rien que pour aller jouer les matchs sur un cycle de quatre ans, comme actuellement. Avec mon système, il en parcourra 130 000. Et des études ont démontré que ce qui fatigue les joueurs, ce sont les voyages répétés, les chocs climatiques et les décalages horaires de plus de trois heures. La répétition de ces voyages cause des dégâts plus importants sur l'organisme que les matchs»

Rien que le meilleur

Le projet n'oublie pas de flatter les goûts du consommateur, plus particulièrement le consommateur jeune, impatient et batifoleur, en lui proposant un pur concentré d'émotions (fin des exhibitions, tournées et autres matchs amicaux) sans en passer par des préliminaires ennuyeux (qualifications).

«Il ne faut pas oublier, qu'aujourd'hui, on a accès à ce qu'il se fait de mieux au monde quand on allume sa télé. Donc proposons le meilleur, nous aussi»
Arsène Wenger

Statistiquement, aucun événement télévisuel au monde n'est aussi fédérateur qu'un Mondial de football. On ne peut pas nier un certain mépris de classe des clubistes, désignés comme des puristes, face aux supporters occasionnels, également appelés «footix», issus de la ferveur patriotique. Mais c'est une réalité indubitable qu'une Coupe du monde pénètre toutes les couches de la société et attire de nouveaux adhérents vers le football. Deux Coupes du monde encore plus.

Un feuilleton pour l'Histoire

La question la plus délicate est celle du prestige, liée à la redondance et à la banalisation du sacré. Un événement exceptionnel ne l'est plus dès lors qu'il se produit à intervalles réguliers.

La critique de Didier Deschamps

«Une Coupe du monde tous les deux ans, ça me donne le sentiment de la banaliser, c'est le mot le plus juste»

La réponse d'Arsène Wenger

«S'il y a un lien entre le temps et le prestige de la compétition, à ce moment-là, il faut l'organiser tous les huit ans. Le prestige d'une compétition est lié à sa qualité»
Arsène Wenger

La Ligue des nations est la preuve manifeste qu'une compétition sportive, à l'ère du consumérisme triomphant, tient moins son prestige de l'Histoire ancienne (voir la mort lente de la Coupe Davis de tennis) que de sa capacité à devenir une série moderne, par la qualité de ses acteurs, l'efficacité de son format et l'ampleur de ses rivalités.

Créée en 2018, la Ligue des nations fut d'abord accueillie comme un tournoi exhibition, un succédané de matchs amicaux, une sorte de bière sans alcool. Elle est déjà une compétition que les nations veulent gagner (voir la récente finale France - Espagne, d'une intensité rare) et que les joueurs veulent marquer (voir l'émotion de Karim Benzema avec le trophée ⬇️).

epa09517593 France's Karim Benzema celebrates with the trophy after winning the UEFA Nations League final between Spain and France in Milan, Italy, 10 October 2021. EPA/Marco Betorello / POOL
Image: EPA AFP POOL

Avec une plage horaire qui lui serait entièrement dédiée chaque été, exactement comme le Tour de France, précédé d'un long sevrage comme tout événement rituel, le football des équipes nationales serait nettement mieux ancré dans les habitudes de l'époque. De la même façon qu'il ne serait plus une intrusion dans la vie des clubs.

Il fallait y penser, et surtout, bien l'expliquer.

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