Le marathon de l'Engadine prend des mesures contre un produit inquiétant
Parcourir les 42 kilomètres à travers l’Engadine en ski de fond, c'est comme glisser dans une carte postale. Le tracé du mythique marathon traverse ou longe des lacs (notamment ceux de Sils et Silvaplana), des forêts de pins et mélèzes et offrent une somptueuse vue sur les sommets enneigés.
Organisé pour la première fois en 1969, «l’Engadiner» est devenu un demi-siècle plus tard un mythe du sport populaire. Cette semaine du marathon – qui a commencé dimanche dernier, et comprend plusieurs épreuves (notamment juniors) – compte environ 15 000 participants, issus de 60 pays. Aussi lointains que l'Australie, le Koweït, la Namibie ou le Mexique.
Les longs déplacements de ces participants, entre autres, génèrent de la pollution. Mais les organisateurs font beaucoup en matière de durabilité. Ceux qui souhaitent venir en transports publics peuvent le faire grâce à l’un des 120 trains spéciaux des Chemins de fer rhétiques et aux 65 bus supplémentaires mis en service. Le billet est inclus dans les frais d’inscription.
Le sport amateur n'est pas réglementé
La logistique est exigeante et a fait ses preuves au fil des années. Un autre problème est en revanche relativement nouveau et extrêmement complexe: les «polluants éternels». Des substances chimiques de synthèse, qu'on retrouve dans de nombreux produits du quotidien et qui ne se dégraderont jamais. On les connaît notamment sous leur abréviation PFAS.
Ces composés chimiques s’accumulent dans l’environnement, dans l’eau et dans les sols, et pénètrent ainsi dans la chaîne alimentaire. Avec des conséquences potentiellement graves: ces substances seraient à l’origine de nombreux problèmes de santé. Elles endommagent le foie, pourraient provoquer des cancers et réduire la fertilité.
Ces «polluants éternels» sont partout: dans les poêles de cuisine, les vêtements, les cosmétiques ou les cartons de pizza. Et dans les farts pour skis.
Dans les compétitions, les farts fluorés contenant des PFAS sont interdits depuis trois ans. Mais ce n’est pas le cas à l’entraînement ni dans le sport amateur. Ils sont donc également utilisés lors du marathon de l'Engadine. Parfois délibérément, parce que le fart fluoré permet une meilleure glisse sur une neige humide et sale. Ou par ignorance, parce que des sportifs amateurs utilisent encore d’anciennes boîtes de fart.
L’ampleur du problème est apparue dans des prélèvements effectués en mars 2025, quelques heures après le départ de la dernière édition de l'Engadiner. Ils ont montré des «valeurs relativement élevées pour les PFAS typiques provenant du fart de ski», a déclaré Markus Zenegg, responsable de l’Analytic Center à l’Empa, l’Institut fédéral d’essai des matériaux et de recherche.
La concentration la plus élevée a été mesurée sur la ligne de départ à Maloja, où les coureurs partaient avec des skis fraîchement fartés. Après deux kilomètres, il restait déjà nettement moins de PFAS dans la neige.
La chaîne alimentaire en danger
«Directement au-dessus du lac de Sils, c’est préoccupant», a déclaré le chercheur de l’Empa Stefan Reimann. Car lors de la fonte des neiges au printemps, ces substances chimiques se retrouvent dans l’eau, où elles peuvent s’accumuler dans les poissons.
Plusieurs problèmes se posent dans la lutte contre ces substances. D’une part, les appareils permettant de mesurer le fluor sur les skis sont rares et coûteux: ils peuvent atteindre 30 000 francs. Leur précision fait encore l’objet de doutes importants. De plus, les PFAS sont extrêmement difficiles à éliminer. Tout le matériel entrant en contact avec les skis doit être débarrassé du fluor.
Parce que l’interdiction est difficile à faire respecter compte tenu du grand nombre de participants, les organisateurs de l’Engadin Skimarathon misent sur la sensibilisation. Ils proposent de faire tester les skis avant la course dans le Marathon-Village de Pontresina.
Des mesures insolites contre les déchets
Les PFAS constituent un premier problème, les déchets un second. Dans la lutte contre le littering (les déchets jetés au sol ou dans la nature), un concept de gestion des déchets est appliqué pour la première fois. Les déchets tels que les emballages de gels ou de barres énergétiques, les gobelets ou les peaux de banane ne peuvent désormais être jetés que dans l’une des dix zones signalées.
Le début et la fin de ces zones sont indiqués par des panneaux. A l’intérieur de ces sections, les gobelets et emballages peuvent être jetés, idéalement sur le côté de la piste de ski de fond.
En outre, des équipes de nettoyage circulent sur des skis. Ces bénévoles parcourent le tracé après la course et ramassent les déchets laissés sur place. Ces mesures sont une réaction à des observations montrant que le problème du littering s’est accentué ces dernières années.
Toute personne qui jette ses déchets en dehors des zones définies peut être disqualifiée en cas de récidive ou d’acte intentionnel. «La nature est notre hôte», écrivent les organisateurs dans un communiqué. La piste ne doit donc pas seulement être rapide, mais aussi rester propre.
Adaptation en français: Yoann Graber
