Cette question obsède le monde du cyclisme
Le Belge Remco Evenepoel peut-il gagner le Tour des Flandres, dimanche? Passé l'effet de surprise de l'annonce de sa première participation, le monde du cyclisme s'interroge sur les chances du phénomène face à Tadej Pogacar et Mathieu van der Poel. La question taraude encore davantage en Belgique.
Comme la plupart des épreuves séculaires, le Ronde van Vlaanderen a d'abord été une affaire strictement nationale. Seulement seize coureurs, tous Belges, sur 37 au départ ont terminé la première édition en 1913. Elle avait été remportée, après 324 kilomètres et plus de douze heures de course, par Paul Deman qui deviendra ensuite un espion au service des Alliés pendant la Grande Guerre en dissimulant des messages codés dans sa dent en or.
Depuis, 68 autres Belges ont gagné le monument pavé, un record. Mais le dernier succès commence à remonter, avec le triomphe en solitaire de Philippe Gilbert en 2017 à Audenarde.
Ces dernières années, le plat pays plaçait tous ses espoirs en Wout Van Aert, deuxième en 2020 et qui sera encore parmi les outsiders dimanche. Cette fois, il ne sera pas seul après l'annonce théâtrale mercredi de la participation de Remco Evenepoel.
Cela fait des années que la Belgique pousse le prodige flamand à franchir le pas. Jusque-là, il a préféré concentrer ses efforts sur les Ardennaises, pour deux victoires dans Liège-Bastogne-Liège, où il a confirmé qu'il était un formidable champion sur les courses d'un jour comme le prouvent son titre olympique à Paris et son titre mondial en 2022 à Wollongong.
Endurant, explosif et puissant
Avant l'annonce, Philippe Gilbert en personne avait lancé un appel au coureur de Red Bull Bora. «Remco, tu es en grande forme. Tu as montré à de nombreuses reprises tes capacités sur les courses d'un jour. Avec ta connaissance du parcours, je pense que tu pourrais faire de grandes choses», a-t-il lâché sur le plateau de RTL Belgique.
«Ça fait plusieurs années que je lui dis qu'il doit prendre le départ du Ronde. C'est très bien pour lui, peut-être un peu moins pour nous», abonde le Français Florian Sénéchal, son ancien équipier chez Soudal Quick-Step devenu l'un des principaux lieutenants de Van der Poel chez Alpecin.
Sur le papier, Evenepoel possède toutes les armes pour briller sur les monts pavés, courts mais souvent très raides, du Ronde.
«C'est devenu une course très dure, une course pour les grimpeurs (...) Ça ressemble de plus en plus à une course ardennaise», estime Rik Verbrugghe, ancien sélectionneur de la Belgique et consultant pour la RTBF, qui croit dans les chances d'Evenepoel:
C'est aussi l'avis de Johan Museeuw, triple vainqueur de l'épreuve. «Oui, il peut gagner le Ronde dès son premier essai», écrit le «Lion des Flandres» dans sa chronique pour la Dernière Heure, soulignant qu'Evenepoel est «endurant, explosif et puissant: soit la combinaison idéale sur les monts et routes flandriens».
Savoir rester prudent
«Wout van Aert est dans une super forme actuellement, mais en termes d'explosivité pure, Remco a peut-être davantage d'armes pour suivre Pogacar et Van der Poel sur la dernière ascension du Vieux Quaremont», ajoute-t-il.
«Gagner? Je n'irais pas jusque-là. On voit ça plus comme une découverte. On connaît l'ambition et les ardeurs de Remco mais il faut rester prudent», temporise Sven Vanthourenhout, le directeur sportif d'Evenepoel, qui insiste sur l'expérience nécessaire sur une course que ni Pogacar (4e en 2022) ni Van der Poel (4e en 2019) n'ont domptée à leur première venue.
De fait, Evenepoel manque singulièrement de vécu sur les pavés flandriens avec une 11e place en juniors sur Gand-Wevelgem et une 57e place pour sa première année pro sur Nokere comme seuls résultats.
Mais il connaît la région par cœur, pour habiter toujours en partie à Schepdaal, à quelques tours de pédale du tracé. En 2020, en plein confinement, le Brabançon avait même escaladé cinquante fois dans une journée le Mur de Grammont, ancien lieu émblématique du Ronde avant qu'il ne soit rayé du parcours.
«L'avantage de Remco, c'est qu'il est Belge, qu'il habite dans la région et qu'il a déjà reconnu ces monts à l'entraînement», tranche Rik Verbrugghe, soulignant que «Remco est peut-être un des seuls coureurs capables de suivre Pogacar» dimanche.
«Je me suis entraîné deux fois par semaine sur ces routes pendant le confinement. Je ne pense pas être en retard par rapport aux autres en terme de connaissance du parcours», a-t-il ajouté.
Cette première sera «un rêve» pour lui. «Dans mon ancienne équipe (réd: Soudal Quick-Step), ils avaient toujours refusé de m'aligner. Cette année, j'ai dit que je voulais faire soit le Giro, soit le Ronde. Sachant que le Giro n'était pas envisageable, on a opté pour le Tour des Flandres.»
